À partir de ce mercredi 30 juin, les mineurs âgés de 16 à 18 ans accusés de crimes ne pourront, en théorie, plus être placés en détention provisoire avant leur procès. En cause : un vide juridique, alors que le Conseil constitutionnel avait laissé un an au législateur pour modifier la loi. Faute de texte adopté dans les délais, plusieurs centaines de jeunes actuellement incarcérés pourraient voir leur situation remise en question.
En juin 2025, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil constitutionnel avait jugé inconstitutionnel le régime de détention provisoire applicable aux mineurs de cette tranche d’âge. Les Sages reprochaient à la loi de 2019 d’avoir calqué les règles prévues pour les adultes sur les mineurs, alors que la Constitution impose une justice adaptée à leur âge.
Parmi les points soulevés figuraient notamment la possibilité d’incarcérer un mineur sans que le juge ait à motiver sa décision, ainsi que la durée de cette détention provisoire, qui pouvait, comme pour les majeurs, aller jusqu’à deux ans.
Les Sages avaient toutefois reporté au 1er juillet 2026 les effets de leur décision afin d’éviter une suppression immédiate de toute possibilité de maintien en détention provisoire des mineurs concernés et de laisser au Parlement le temps d’adopter un nouveau dispositif. Mais aucun texte n’a finalement été voté.
Un amendement annoncé par le gouvernement
Concrètement, à partir de ce mercredi, un mineur soupçonné d’un crime pourrait être remis en liberté entre sa mise en accusation et son procès. Dans une note adressée aux magistrats, le ministère de la Justice leur demande de « prendre en compte cette difficulté ». (...)
Le gouvernement prévoit de déposer un amendement pour combler ce vide juridique dans le cadre du projet de loi sur la justice criminelle, actuellement examiné à l’Assemblée nationale. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a indiqué qu’il serait présenté dès mercredi aux députés, avec un objectif d’adoption à la mi-juillet.
Cette absence de réforme dans le délai d’un an fixé par le Conseil constitutionnel suscite des critiques. « Les impératifs constitutionnels ont été ignorés par la Chancellerie, obnubilée par la loi sur la justice criminelle », estime l’avocat pénaliste Raphaël Chiche.
Le principal syndicat de magistrats, l’Union syndicale des magistrats (USM), a également alerté ses adhérents sur une possible « illégalité du maintien en détention provisoire des mineurs ». (...)