Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
« J’ai peur que ça soit un fiasco » : un Mondial sans le monde
#Football #Trump #xénophobie #ICE #FIFA #resistance
Article mis en ligne le 15 juin 2026
dernière modification le 13 juin 2026

Avec quarante-huit équipes en lice, la Coupe du monde 2026 est la plus grande jamais organisée. Mais de nombreux supporteurs étrangers ne peuvent ou ne veulent pas aller au stade. Et la résistance s’organise, des activistes aux syndicalistes des stades.

(...) Alors même qu’il s’agit de la plus grande de l’histoire avec quarante-huit équipes en lice. La faute aux restrictions de voyage imposées par Donald Trump à différents pays pour des raisons variées (terrorisme, non-respect des règles migratoires américaines, incapacité du pays d’origine à vérifier les antécédents des voyageurs et voyageuses). (...)

D’après le Council on Foreign Relations (CFR), un cercle de réflexion dédié aux relations internationales, les individus en provenance de deux nations participantes (Iran et Haïti) sont purement et simplement bannis. Deux autres (Sénégal et Côte d’Ivoire) font l’objet de fortes restrictions.

Des dizaines d’autres encore étaient visés par une barrière financière importante : les fans devaient s’acquitter d’une caution de 5 000 à 15 000 dollars pour entrer sur le territoire. Critiquée, la mesure, censée pousser les détenteurs et détentrices de visas à rentrer chez eux et elles à la fin de leur séjour, a été abandonnée par le gouvernement Trump, pour cause de stades et d’hôtels qui peinent à se remplir.

167 000 personnes déjà arrêtées dans les villes hôtes (...)

Pour les supporteurs et supportrices qui sont installé·es aux États-Unis, la participation aux matches n’est pas assurée non plus. En cause : les prix prohibitifs des transports et des tickets, mais aussi la présence d’ICE, la controversée police de l’immigration dont les méthodes violentes provoquent un vif émoi outre-Atlantique (...)

Plusieurs organisations de protection des droits humains ont tiré la sonnette d’alarme. À l’image de Human Rights Watch (HRW) (...)

Face à ces préoccupations, un mouvement d’associations d’horizons divers prend forme pour faire pression sur la Fifa et le gouvernement Trump (...)

Par ailleurs, à Los Angeles, le syndicat Unite Here Local 11, qui représente la main-d’œuvre (chef·fes, serveurs et serveuses, stands de boisson et de nourriture…) du stade SoFI où s’est déroulé le premier match de la sélection des États-Unis (contre le Paraguay, le 12 juin), a menacé de se mettre en grève, pour contraindre la Fifa à promettre publiquement que l’ICE n’interviendra pas dans les stades et sur d’autres sites liés à la Coupe du monde. (...)

Lire aussi :

 (Basta !)
Faut-il boycotter la Coupe du monde ? « Malgré les délires de la Fifa, je refuse de me faire priver de ma passion pour le foot »

Avec la Coupe du monde 2026, la logique du foot-business atteint des sommets. Jérôme Latta, cofondateur des « Cahiers du football », analyse les évolutions profondes de cette industrie et appelle à repolitiser ce sport populaire. Entretien. (...)

Jérôme Latta : En tant que supporter de football, il y a toujours un petit réflexe d’excitation. En principe, la Coupe du monde est la plus belle des compétitions de football, la plus ancienne, celle qui réveille des souvenirs qui remontent parfois à l’enfance. C’est un format resserré dans le temps – quatre semaines, maintenant cinq – qui peut se vivre comme une « parenthèse enchantée ». (...)

Mais difficile de ne pas l’aborder par ailleurs avec beaucoup d’inquiétudes, et une forme d’amertume. Cette nouvelle édition introduit deux ruptures qui me posent problème : on passe de 32 à 48 équipes, pour un total record de 104 matchs – ce qui devient proprement inassimilable. Et puis, l’instauration de pauses fraîcheur au milieu des périodes est une nouvelle opportunité publicitaire qui risque de fortement altérer la qualité du jeu. Tout cela n’est pas pour « universaliser » encore plus le foot, comme aime le faire croire le discours officiel, mais bien pour démultiplier les revenus de la Coupe du monde, et la rendre toujours plus rentable.

S’ajoute à cela le contexte politique des États-Unis, en pleine dérive autocratique, avec un Donald Trump qui ne se prive pas d’instrumentaliser l’événement pour blanchir son image – à l’image du « prix de la paix » que la Fifa a osé lui remettre en décembre, lors du tirage au sort, avec un show d’une obscénité sans nom. Il est compliqué de faire une hiérarchie avec les précédentes éditions en Russie en 2018, et au Qatar en 2022, mais cette édition fera certainement partie des pires de l’histoire. (...)

D’un spectacle vivant, qui produisait l’essentiel de ses recettes sur la billetterie dans les stades, le foot est devenu un spectacle formaté par la télé, avec une manne financière importante, dont il a fallu discuter de la redistribution. (...)

C’est ainsi que s’est mis en place un système de répartition des ressources de plus en plus inégalitaire, qui a globalement consisté à faire ruisseler l’argent vers le haut et à enrichir les plus riches. (...)

On peut même se demander dans quelle mesure le foot n’en a pas été un ferment, tout du moins une sorte de laboratoire d’expérimentation. Pour avoir étudié précisément ces discours qui légitimaient la « révolution libérale » dans le foot, j’ai été frappé de voir à quel point ils étaient analogues aux discours qu’on entendait dans le reste de la société, autour de cette idée de ruissellement, notamment.

Le football a certainement servi de chambre d’écho à cette propagande libérale hors du champ politique classique, de manière discrète mais néanmoins puissante, puisqu’il permet de s’adresser à des audiences considérables, avec un public souvent peu politisé et sans contre-pouvoirs critiques, sur un terrain largement déserté par la gauche par ailleurs. (...)

Je crois que les tenants du boycott sous-estiment la force de frappe que représentent la publicité, les sponsors et tout le marketing derrière un tel événement.

La Coupe du monde est médiatisée comme un événement planétaire que tout le monde attend avec impatience. C’est un discours extrêmement puissant contre lequel il est difficile de faire entendre une voix critique, qui viendrait un peu gâcher la fête. Il faut aussi, je crois, se décentrer un peu : en 2022, c’est vrai que des passionnés de foot en étaient arrivés à un tel niveau d’écœurement, qu’ils n’avaient pas suivi l’événement, mais si l’on sort de nos bulles un peu militantes, on se rend aussi compte qu’un tel mouvement n’a pas du tout pris sur les autres continents. L’édition 2022 nous a offert une bonne leçon sur notre eurocentrisme, à ce sujet. C’est triste à dire mais la dépolitisation du football est parfaitement organisée. (...)

Ce n’est pas la Coupe du monde qu’il faut combattre, mais la Coupe du monde de la Fifa. Est-ce qu’on boycotte le cinéma parce que Bolloré en est devenu le principal financeur ?