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France Culture
"Je risque la prison pour danser" : le retour de la répression des free parties
#freeParties #rpresion
Article mis en ligne le 1er juin 2026
dernière modification le 27 mai 2026

Le Sénat a voté les premières mesures du projet de loi Ripost, qui veut notamment punir les organisateurs de free parties de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Des mesures inspirées par les lois mises en place en Italie, par la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni.

Du 1er au 4 mai dernier, teufeurs et teufeuses se sont réunis sur un site militaire près de Bourges pour la 33e édition du Teknival. 40 000 personnes étaient réunies pour danser, profiter de la musique et des spectacles dans la petite ville de Cornusses (Aveyron). Une fête organisée moins d’un mois après le vote de la proposition de loi 1133 du parti Horizons, qui vise à pénaliser les free parties.

Lorsque le convoi a voulu sortir, "Il y a eu des violences policières", raconte Amélie*, membre de Tekno Anti Rep. Le collectif reçoit encore des témoignages sur ces violences, explique t-elle. Certaines personnes ont accepté des les rendre publics. (...)

Pour Amélie, si le gouvernement prend le tournant répressif de la loi RIPOSTOuverture dans un nouvel onglet, en plus de la proposition de loi 1133, ces violences vont empirer. (...)

Les associations de réduction des risques, exclues de justesse de la PPL 1133

Les associations de réduction des risques (RDR), dont les activités sont protégées et financées par l’Etat sont essentielles au bon déroulement des fêtes. Sur le Teknival de Bourges, 11 structures et 150 bénévoles formés se sont occupés des participants dans le besoin. Amélie fait partie d’une association de RDR, et organise des interventions qui demandent beaucoup de travail. (...)

Le projet de loi du groupe Horizons, déjà été voté par l’Assemblée

La photographe se souvient des pancartes au Teknival de Bourges. Certaines dénonçaient la proposition de loi 1133, dans laquelle la notion d’organisateurs est très large. Trop pour Amélie. "Le texte est hyper flou dans le sens où si tu ramasses des déchets, est-ce que tu fais partie de l’organisation ? Si tu aides quelqu’un qui n’est pas bien est-ce que tu fais partie de l’organisation ?" Les DJ pourraient même être visés. (...)

Le texte d’Horizons s’inspire des mesures répressives mises en place en Italie par la première ministre d’extrême droite, Giorgia Meloni en 2022. "Et les teufs ne s’arrêtent pas, je le sais, je vis en Italie", s’amuse Amélie. "J’ai fait une teuf il y a deux mois en Italie en tant que participante, c’est entre un et quatre ans de prison, c’était hyper bizarre de me dire que je risque la prison pour danser. Mais j’avais un sentiment de révolte et de liberté profonde, en fait." Un sentiment qu’elle pense exacerbé par la loi, et les propositions du gouvernement français. "Je pense qu’elles vont juste aussi pousser les participants et organisateurs à se politiser encore plus, ça je le sens vraiment. En France ou en Italie la répression, pour moi, elle pousse vraiment les gens à se politiser davantage, poursuit-elle, je me demande si le gouvernement est conscient de ça."

Après plus de trente ans d’histoire et de conflits avec les politiques, "on a toujours des moyens pour contourner cette répression" affirme Amélie. Elle regrette aussi le manque de dialogue entre le gouvernement et les organisateurs des free parties. (...)

Et si la PPLL 1133 inquiète le milieu, tous et toutes redoutent les mesures encore plus dures de RIPOST votées par le Sénat dans la soirée du lundi 18 mai. Pour rappel, le ministre de l’Intérieur demande 2 ans de prison pour les organisateurs, 6 mois et 7 500 euros d’amende pour les participants. (...)

"Des moments de cogestion, d’autonomie et de bienveillance qui sont assez exceptionnels"

"On est clairement dans des fêtes libertaires qui s’inscrivent en dehors du cadre légal et du cadre marchand", explique Éric Labbé. DJ, producteur de musique et activiste des musiques électroniques, il a participé aux auditions avec Laetitia Saint-Paul. Des entretiens dont l’objectif était de faire comprendre la nature de "ces fêtes libertaires", loin de la marginalisation habituelle. "C’est pas pour ça qu’elles sont mauvaises, dures, dangereuses, elles sont au contraire des moments de cogestion, d’autonomie et de bienveillance qui sont assez exceptionnelles." Face à son ordinateur, Eric Labbé précise les chiffres qu’il a trouvé sur le sujet. (...)

Des chiffres en décalage avec les mots du ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, qui dit vouloir "mieux réprimer ce type d’organisation sauvage que les gens ne comprennent pas". Un imaginaire "qui ressort dans les médias les plus friands de politique répressive", selon Eric Labbé. Il assure que la couverture de certains médias, du Teknival en particulier, souligne la déconnexion au monde de la fête, mais aussi de la jeunesse. (...)

Donner la paroles aux acteurs et actrices du milieu dans les médias

"Pour changer l’imaginaire, il faudrait continuer à informer sur notre mouvement et nos valeurs." Depuis une dizaine d’années, Mathilde défend une autre manière de raconter les fêtes libres sous le nom de Tales of Rave. Sur les réseaux sociaux, elle publie des images de participants en train de danser, loin des représentations souvent anxiogènes diffusées dans les médias traditionnels. (...)

La jeune femme regrette aussi que les témoignages positifs des habitants vivant à proximité des événements ne soient pas, ou alors très peu, mis en avant. Après le Teknival de Bourges, plusieurs riverains auraient pourtant accueilli les participants. (...)

Un imaginaire véhiculé depuis les premières fêtes (...)

Après des premières mesures très stricts acceptées par le Sénat dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 mai, le projet de loi Ripost doit être voté au Sénat le 26 mai prochain. La date de son passage à l’Assemblée n’est pas encore connue. Pour revendiquer le droit de danser librement, les collectifs du mouvement ont appelé au retour des manifestations festives, ou "manifestives", dans toute la France lors du mois de juin.


crédit image : 50shadesofdevil, CC0, via Wikimedia Commons