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Vacarme
l’ethnisme est-il moins déshonorant que le racisme ?
Article mis en ligne le 22 février 2014
dernière modification le 17 février 2014

« Guerres tribales » et « massacres inter-ethniques » : ces expressions journalistiques ont le double effet de fournir une interprétation aisée des conflits africains, et de nous en tenir à distance. La lecture d’un simple ouvrage rend l’oreille moins distraite à ces questions, et par là aux débats sur la françafrique. Rwanda, généalogie d’un génocide, de Dominique Franche, montre en quoi, pour ce pays, la « grille ethniste » est non seulement fausse, mais surtout inacceptable.

Le génocide de 1994 n’était pas le paroxysme inévitable d’une guerre ethnique multiséculaire. Pourquoi, dès lors, nos hommes politiques et certains universitaires, relayés par les médias, l’ont-ils trop souvent décrit ainsi ?

Le drame rwandais a ébranlé [1]. Mais avons-nous tiré toutes les leçons du génocide ? La simple définition du mot proposée par Le Robert suffit à comprendre que le terme ethnie n’est pas applicable au Rwanda :

« Grec. ethnos « peuple, nation » – Ensemble d’individus que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et de culture (alors que la race dépend de caractères anatomiques). L’ethnie française englobe notamment la Belgique wallone, la Suisse romande, le Canada français. » Depuis que le mot race a disparu du lexique du pouvoir [2], un flou habile est entretenu autour de celui d’ethnie, ambigu et tellement plus politiquement correct. (...)

Les recherches de l’historien-géographe Dominique Franche sont éclairantes. À partir de sa pratique du pays et des archives européennes [3], il a retracé une généalogie du génocide [4] qui décrit avec rigueur les logiques sociales de l’époque pré-
coloniale, ainsi que le rôle de la construction des fantasmes raciaux dans le drame qui, en trois mois, coûta la vie à près d’un million de Rwandais. Nous reprenons ici son travail, pour interroger les manipulations politiques auxquelles « l’ethnicité » donne lieu depuis l’indépendance. (...)