Face à l’aggravation de la crise économique en Syrie, le travail à la maison s’est imposé comme une stratégie de survie pour les femmes. Elles transforment ainsi des savoir-faire traditionnels tels que la cuisine, le crochet et la pâtisserie en sources de revenus. Si cette évolution témoigne de leur résilience et créativité, elle soulève de sérieuses questions quant aux limites et aux conditions de cette économie, ainsi qu’à sa pérennité en dehors du secteur informel.
(...) « Les revenus ne sont jamais à la hauteur des efforts fournis, car je travaille seule la plupart du temps et je refuse l’aide de mon mari, car les hommes ne sont pas compétents pour ce genre de travaux. » Cela allonge son temps de travail. Mais elle conclut : « Dieu merci, nous survivons ; d’autres n’ont même pas de quoi se nourrir. »
Beaucoup de personnes comme Oum Alaa ont perdu leur source de revenus et recherchent d’autres solutions pour subvenir aux besoins de leur famille.
Une crise économique dévastatrice
Près de 90 % des Syrien.nes vivent sous le seuil de pauvreté, en proie à une crise économique dévastatrice dont les causes sont intimement liées aux ravages de la guerre et à l’effondrement de la monnaie nationale. (...)
Environ 12,9 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, tandis que plus d’un quart de la population est sans emploi et que les salaires sont insuffisants pour couvrir même les besoins les plus élémentaires.
Depuis 2011, la Syrie a connu des vagues successives d’inflation galopante, atteignant parfois des niveaux proches de 188 % par an. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a confirmé ce sombre tableau, indiquant que neuf Syrien.nes sur dix vivent dans la pauvreté.
Survivre avec ses compétences (...)
Bien que les revenus tirés du travail à la maison soient instables et ne bénéficient d’aucune protection légale, de nombreuses femmes le préfèrent aux opportunités à l’extérieur de leur domicile, notamment en raison des problèmes sécuritaires. (...)
Indépendance fragile : des revenus sans protection ni stabilité
Cette économie peut pourtant fragiliser les femmes, notamment face aux fluctuations du marché. L’absence de reconnaissance officielle compromet la pérennité de ces projets et leur manque de visibilité soulève des interrogations quant à leur nature : assistons-nous à une rupture avec les rôles traditionnels ou à leur reproduction sous une forme nouvelle ?
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Nombre de femmes découvrent pour la première fois ce que signifie disposer de leurs propres revenus ou avoir la possibilité de prendre des décisions sans dépendre d’un employeur ou de leur famille. Ce domaine peut paraître restreint, mais il n’en demeure pas moins important car il renforce la confiance en soi et ouvre la voie à l’exploration de nouvelles perspectives . (...)
Vers une économie plus juste pour les femmes
Ce type d’économie a permis à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins, notamment celles qui ont perdu leur principal soutien au sein de la famille. Il a également aidé les femmes, en particulier, à obtenir une protection économique, voire à se protéger des différentes formes de violence auxquelles elles peuvent être exposées en raison de leur manque d’indépendance financière. (...)
Malgré la relative stabilité économique qui a commencé à se manifester après la chute du régime d’Assad le 8 décembre 2014 et la levée des sanctions européennes et américaines contre la Syrie, les femmes restent le maillon faible de cette phase complexe et fragile. (...)
L’absence de lois protégeant ce type de projet expose certaines femmes à la fraude, notamment lorsque la communication se fait par Internet. Elles peuvent également être victimes de cybercriminalité. Il est donc important d’intensifier les campagnes de sensibilisation afin de protéger les femmes contre toute forme de violation et leurs droits financiers, et de travailler à l’élaboration de lois concrètes et efficaces qui contribuent à soutenir ces projets.