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Le Café Pédagogique
Le MEDEF entre un peu plus dans l’école : ce que prévoit la nouvelle convention avec l’Éducation nationale
#EducationNationale #Medef
Article mis en ligne le 8 juillet 2026
dernière modification le 4 juillet 2026

Alors que plusieurs parlementaires, des syndicats enseignants, des familles endeuillées proposent de mettre fin au stage de seconde et de réformer celui de troisième, la convention signée le 14 avril entre le ministère de l’Éducation nationale et le MEDEF semble prendre la direction inverse. Conclu pour trois ans, ce partenariat entend renforcer les liens entre l’école et le monde économique afin de mieux articuler orientation, formation et besoins des entreprises.

L’objectif affiché est de « faire coïncider les attentes des jeunes générations avec celles du monde économique et les besoins en compétences au sein des territoires ». Cette initiative s’inscrit dans la continuité des politiques menées depuis les années 1980, marquées par un rapprochement croissant entre l’école et l’entreprise. Mais elle suscite de vives critiques à gauche et chez les syndicats, qui dénoncent une accentuation des inégalités sociales, des risques pour les élèves en stage et une orientation toujours plus utilitariste de la formation.

Une convention qui renforce la place de l’entreprise dans la scolarité des élèves (...)

Pour SUD Éducation, c’est une « ingérence » du patronat dans les politiques éducatives. Et concrètement ? Parmi les actions prévues figure notamment le fait que « le ministère coopère avec le MEDEF sur les évolutions et les innovations relatives au format du stage de seconde pour permettre de faciliter l’accueil en entreprise à un maximum de jeunes ». (...)

Alors que plusieurs parlementaires, des syndicats enseignants, des familles endeuillées proposent de mettre fin au stage de seconde et de réformer celui de troisième, la convention signée le 14 avril entre le ministère de l’Éducation nationale et le MEDEF semble prendre la direction inverse. Conclu pour trois ans, ce partenariat entend renforcer les liens entre l’école et le monde économique afin de mieux articuler orientation, formation et besoins des entreprises.

L’objectif affiché est de « faire coïncider les attentes des jeunes générations avec celles du monde économique et les besoins en compétences au sein des territoires ». Cette initiative s’inscrit dans la continuité des politiques menées depuis les années 1980, marquées par un rapprochement croissant entre l’école et l’entreprise. Mais elle suscite de vives critiques à gauche et chez les syndicats, qui dénoncent une accentuation des inégalités sociales, des risques pour les élèves en stage et une orientation toujours plus utilitariste de la formation.

Une convention qui renforce la place de l’entreprise dans la scolarité des élèves

« Cette nouvelle convention poursuit les efforts engagés en faveur du rapprochement école-entreprise de ces dernières années et doit permettre d’ancrer durablement ce lien dans les pratiques des entreprises et de la communauté éducative ». Pour SUD Éducation, la convention couvrant la période 2026-2029 va plus loin que les précédentes. L’organisation syndicale affirme ainsi que « le ministère et le MEDEF collaborent pour faire coïncider les attentes des jeunes générations avec celles du monde socio-économique et les besoins en compétences au sein des territoires ». Plus loin, est précisé que « ces connaissances, acquises notamment grâce aux immersions professionnelles, doivent permettre aux jeunes de mieux s’orienter ».

Pour SUD Éducation, c’est une « ingérence » du patronat dans les politiques éducatives. Et concrètement ? Parmi les actions prévues figure notamment le fait que « le ministère coopère avec le MEDEF sur les évolutions et les innovations relatives au format du stage de seconde pour permettre de faciliter l’accueil en entreprise à un maximum de jeunes ».

Si « les liens entre le ministère de l’EN ne sont pas nouveaux puisqu’ils existent de longue date dans l’enseignement professionnel (depuis sa création), ils se sont développés dans l’ensemble du système éducatif via l’éducation à l’entreprenariat, dès l’école primaire » explique la chercheure Fabienne Maillard au Café pédagogique. « Par ailleurs le mentorat se développe en France depuis 2000. Cependant, c’est avec « le monde professionnel » que les actions ont le plus souvent été engagées, plutôt qu’avec le seul MEDEF. Par ailleurs, le parcours Avenir concerne tous les élèves du secondaire (site DGESCO), et des « actions de sensibilisation au monde économique » existent comme semaine Ecole-entreprise la Semaine de l’industrie depuis 2010, Semaine de l’économie sociale et solidaire depuis 2017 » précise-t-elle.

Assignation à résidence sociale et spatiale ? Une convention qui cible les jeunes des quartiers populaires

La convention prévoit également de cibler davantage les jeunes issus des milieux populaires, de développer les dispositifs d’accompagnement à l’orientation — notamment à travers la Semaine école-entreprise ou les Journées du patrimoine économique — et de promouvoir l’apprentissage. Sur son site, le MEDEF met en avant une action menée « avec une attention forte à l’égard des publics vulnérables » et encourage les entreprises à intégrer davantage les cités éducatives. Parmi les axes retenus figure également la volonté « d’articuler un plan de luttes contre le décrochage scolaire en lien avec le monde économique ».

Le développement des immersions professionnelles

La convention réaffirme l’importance des stages d’observation dès le collège et le lycée. (...)

La convention insiste également sur la valorisation de la voie professionnelle. (...)

Cette orientation s’inscrit dans la continuité des réformes, du « Bureau du partenariat avec le monde professionnel », à la DGESCO depuis 1997, et des conventions signées avec une multitude d’entreprises et d’organisations patronales. Les dernières réformes engagées lors du dernier quinquennat, notamment avec la création des bureaux des entreprises dans les lycées professionnels et l’allongement des périodes de stage en terminale poursuivent et renforcent cette tendance. (...)

Former les enseignants, les tourner vers l’entreprise (...)

Une offre de formation adaptée aux besoins économiques (...)

Depuis 1948 les organisations patronales sont associées à l’élaboration des diplômes professionnels. Mais la loi Avenir de 2018 a modifié leur gouvernance en supprimant certaines représentations, notamment celles des enseignants, et en renforçant le rôle du MEDEF, désormais chargé de désigner les représentants des entreprises. Plus qu’une innovation, la réforme consacre ainsi la prééminence du MEDEF dans un domaine auparavant partagé entre plusieurs acteurs, dans un contexte déjà encadré au niveau européen depuis 2008.

La convention accorde également au patronat un rôle dans certaines procédures d’évaluation. (...)

Vers une transformation de la carte des formations

La convention s’inscrit enfin dans une volonté plus large de rapprocher davantage l’offre de formation professionnelle afin de mieux l’adapter aux attentes du marché du travail et aux besoins économiques immédiats locaux et nationaux. Cette orientation prolonge des dynamiques déjà engagées, notamment depuis l’instruction interministérielle du 13 juillet 2023, qui a renforcé l’influence des acteurs économiques dans l’élaboration de la carte des formations et dans la révision des diplômes professionnels, via les commissions professionnelles consultatives.

Cette conception de l’orientation qui dirige les élèves vers les débouchés économiques disponibles à un instant donné sur leur territoire, plutôt que de favoriser la construction de projets personnels émancipateurs, est critiquée par ceux qui dénoncent la logique court termiste et adéquationniste sans prendre en compte la durée de la formation d’un jeune comme les imprévus ou sa volonté de mobilité. Cette logique ne risque-t-elle donc pas de restreindre les possibilités d’orientation des élèves, notamment en raison du manque d’aides à la mobilité, d’une offre de formation parfois limitée ou encore d’un accès contraint aux internats ? (...)

Une orientation contestée

Les critiques s’inscrivent dans une analyse plus large de l’évolution du système éducatif. Depuis les années 1980, la présence de l’entreprise dans les parcours scolaires n’a cessé de s’étendre (...)

Cette convention s’inscrit également dans une politique plus ancienne de promotion de « l’esprit d’entreprendre » au sein du système éducatif. Depuis plusieurs années, l’Éducation nationale développe des dispositifs destinés à familiariser les élèves avec le monde économique dès le plus jeune âge (...)

Mais cette évolution traduit cependant une diffusion croissante des valeurs entrepreneuriales dans l’institution scolaire comme si l’entreprise était l’horizon naturel de la scolarité et de l’insertion professionnelle, au risque d’éclipser d’autres horizons – associatifs, service public – et finalités de l’école telles que l’émancipation intellectuelle, la formation citoyenne ou la poursuite d’études. Cette approche nourrit les accusations récurrentes d’une orientation idéologique des politiques éducatives vers une adaptation toujours plus étroite aux besoins immédiats du monde économique. (...)

Les organisations syndicales estiment également que cette évolution s’accompagne d’une réduction du temps scolaire et contribue à renforcer les inégalités sociales, certains élèves étant désormais envoyés en entreprise dès l’âge de 14 ans.