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“La lutte contre le changement climatique exige la défense d’une information fiable et libre, et la protection de celles et ceux qui la produisent malgré les nombreux risques. On ne peut prétendre défendre l’environnement tout en laissant les journalistes qui couvrent ces sujets être menacés, harcelés et tués. Sans liberté de la presse, il ne saurait y avoir d’action climatique digne de ce nom.
Anne Bocandé, Directrice éditoriale de RSF
(...) Dix entraves pour faire taire le journalisme environnemental :
1. Zones interdites d’accès
Avant même de sortir leur carnet ou leur caméra, les journalistes spécialisés dans l’environnement se heurtent souvent à un obstacle de taille : l’accès au terrain. Sites verrouillés, placés sous surveillance ou situés dans des zones isolées, les lieux qu’ils cherchent à documenter leur sont fréquemment interdits. (...)
Cette réalité est d’autant plus préoccupante que près des deux tiers des ressources naturelles mondiales sont extraits dans des pays où la liberté de la presse est gravement entravée. (...)
2. Informations cadenassées
L’accès à l’information constitue un autre front de bataille pour les journalistes environnementaux. Dès son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a engagé un vaste démantèlement de l’information publique environnementale aux États-Unis. (...)
3. Sources menacées
Le journalisme environnemental repose largement sur des sources qui, lorsqu’elles acceptent de témoigner, s’exposent à de nombreux risques de représailles. (...)
4. Harcèlement en ligne
Les plateformes numériques sont de véritables outils d’intimidation contre les journalistes. (...)
5. Rédactions saccagées
Les locaux de presse ne sont pas épargnés. Le 5 janvier 2026, une cinquantaine d’ostréiculteurs ont incendié le portail du quotidien français Midi Libre à Saint-Jean-de Védas, dans le sud de la France, après que le journal a relayé l’interdiction de vente des huîtres de l’étang de Thau. Face à ces violences, le directeur de rédaction Olivier Marino a rappelé qu’informer sur une interdiction sanitaire est “un devoir d’information et de santé publique”.
6. Harcèlement judiciaire
Pour faire taire les journalistes, certains acteurs mis en cause dans leurs enquêtes recourent à l’arme judiciaire. Les procédures-bâillons – des poursuites abusives destinées, non pas à obtenir justice, mais à intimider les professionnels des médias, à les épuiser financièrement, et in fine à dissuader toute critique sur des sujets d’intérêt général – sont de plus en plus utilisées contre les journalistes qui couvrent les enjeux environnementaux. (...)
7. Violences physiques lors des manifestations
Être journaliste et identifié comme tel ne protège plus : les interpellations lors de manifestations se multiplient, y compris quand il s’agit de couvrir de sujets environnementaux. (...)
8. Détention
Dans plusieurs pays, couvrir les enjeux environnementaux peut conduire directement en prison. (...)
9. Menaces de mort et meurtres (...)
10. Exposition aux risques climatiques
Couvrir l’environnement, c’est aussi être directement exposé aux conséquences du changement climatique. (...)
Pour aider les professionnels de l’information à mieux faire face à ces risques, RSF a publié un guide pratique consacré à la couverture de la crise climatique et de ses conséquences, articulé autour de cinq volets, de la résilience climatique aux recommandations de sécurité et d’équipement sur le terrain.