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RFI
Noyades : la canicule met en lumière les failles de l’apprentissage de la nage en France
#noyades #EducationNationale
Article mis en ligne le 3 juillet 2026

Les épisodes de forte chaleur favorisent les baignades et les prises de risque. Mais les chiffres des noyades révèlent aussi un problème structurel : en France, l’apprentissage de la nage reste inégal et le pays, pourtant doté d’un long littoral et de nombreux cours d’eau, manque de culture du risque aquatique.

(...) En quête de fraîcheur, nombreux sont ceux qui cèdent à la tentation d’un bain improvisé. C’est l’un des effets indirects des épisodes de canicule : faire grimper le risque de noyade. La ministre des Sports et de la Jeunesse, Marina Ferrari, a annoncé jeudi 2 juillet que « plus de 90 » décès par noyade avaient été recensés depuis le 19 juin, un chiffre « inquiétant », a-t-elle déploré. (...)

en France, les noyades constituent la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans, selon les ministères chargés des Sports et de la Santé, qui rappellent sur leurs sites « les bons gestes à adopter ». Durant l’été 2025, Santé publique France a recensé 1 418 noyades accidentelles, dont 409 mortelles. Un bilan en hausse par rapport à la saison précédente, que l’agence sanitaire relie aux fortes chaleurs, qui favorisent baignades et prises de risque.

Un lourd bilan qui place la France parmi les pays de l’Union européenne les plus touchés par les décès par noyade, même si, rapportés à la population, les taux les plus élevés se trouvent plutôt dans les pays baltes ou en Europe de l’Est. D’autant que la France est particulièrement exposée. (...)

Au-delà des imprudences

À ces risques s’ajoutent les comportements individuels : les baignades dans les zones interdites, la consommation d’alcool, le fait de surestimer ses capacités ou le défaut de surveillance des plus jeunes, notamment dans les piscines privées. Mais pointer du doigt les imprudences ne suffit pas à expliquer la situation. (...)

apprentissage incomplet et inégal de la nage, manque de maîtres-nageurs et déficit de culture du risque aquatique.

Depuis des années, insiste-t-il, sa fédération alerte sur le manque de maîtres-nageurs. Selon la FFMNS, la France compte environ 22 000 maîtres-nageurs sauveteurs, quand il en faudrait 5 000 à 7 000 de plus. Une pénurie liée au manque de financements, qui pèse sur toute la chaîne de l’apprentissage de la natation avec l’encadrement des scolaires à l’ouverture de certains sites de baignade et la prévention auprès du public.

Selon lui, dans certaines collectivités, la logique budgétaire a parfois aussi conduit à privilégier le recours à des titulaires du Brevet national de sauvetage et de sécurité aquatique (BNSSA), formés en quelques dizaines d’heures, et dont le rôle est centré sur la surveillance, quand le maître-nageur sauveteur (MNS) a aussi une mission d’enseignement et de prévention des noyades. « C’est comme s’il n’y avait pas de prof d’anglais et qu’on mettait un surveillant à la place », compare-t-il. (...)

L’Éducation nationale a pourtant érigé l’apprentissage de la nage en « priorité » (...)

Savoir nager est aussi un marqueur social.

Des inégalités particulièrement visibles en Seine-Saint-Denis, près de Paris. « Le département connaît un déficit historique de piscines. Il y a aussi une forte pénurie de maîtres-nageurs, des créneaux scolaires réduits, un manque de place et des problématiques de temps de transport entre l’école et la piscine », explique Fabien Asquoet, responsable du pôle politiques sportives à Est Ensemble, qui regroupe neuf communes dont Pantin, Montreuil, Bagnolet ou Noisy-le-Sec, et où seuls 53% des enfants obtiennent l’Attestation du savoir-nager en sécurité à la sortie de l’école primaire. (...)

« Il faudrait un plan d’urgence de formation de maîtres-nageurs et un plan d’urgence d’apprentissage de la nage, gratuit, pour tous et partout. Nager, pas seulement en piscine, mais nager partout. C’est ça, une vraie politique publique de prévention », plaide Axel Lamotte. Il défend aussi la création d’un « brevet de sécurité aquatique », sur le modèle du brevet de sécurité routière, avec des rappels à plusieurs âges, pour apprendre aux enfants à identifier les risques propres à chaque milieu aquatique.