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Pourquoi le mot « environnement » agace de plus en plus d’écologistes
#environnement #ecologie #ecosystemes
Article mis en ligne le 10 juin 2026
dernière modification le 6 juin 2026

(...) Difficile de louper l’information quand on est journaliste à Reporterre : chaque année, pour le 5 juin, nous recevons des dizaines de communiqués sur la « Journée mondiale de l’environnement ». Et comme chaque année, on a tiqué sur le terme « environnement », que nous n’employons dans notre média qu’avec extrême parcimonie.

Car derrière ce mot se trouve une certaine vision du monde et de l’écologie : « Quand on parle d’“environnement”, on parle de ce qui nous entoure, comme d’un décor ou d’une toile de fond pour les activités humaines, illustre Nataly Botero, sémiologue. C’est un terme assez problématique, qui porte l’idée qu’il y aurait d’un côté les humains et de l’autre le reste des organismes considérés comme des objets ou des machines. » Une approche anthropocentrée relativement inopérante face aux destructions en cours. (...)

D’après le philosophe Baptiste Morizot, interrogé par l’AFP, l’environnement « est assimilé à la protection de la nature, c’est les gens qui aiment les fleurs, les petits oiseaux ». C’est mignon, mais ça n’est pas prioritaire face à d’autres enjeux poussés par le gouvernement comme la sécurité ou… la croissance économique.

Faire face au monde industriel

Pourtant, dans les années 1970, l’idée de ses promoteurs était bien de faire monter la question environnementale. À l’origine, le mot « environnement » est dérivé du latin « virare », qui signifie « virer », « tourner ». Mais le terme a quasiment disparu de la langue française à la fin du XVIe siècle, selon l’historien Jean-Paul Deléage. (...)

depuis une décennie, un certain nombre de voix se sont élevées pour critiquer ce mot et en proposer un autre : le vivant. On l’a vu fleurir dans des essais — notamment de Baptiste Morizot —, mais aussi lors de manifestations écologistes. « C’est d’abord venu des anthropologues, comme Philippe Descola, qui proposaient de dépasser la dichotomie nature/culture, remarque la politiste. Le “vivant” permet de décentrer notre regard, d’élargir la focale. »

Avec Éric Fabri et d’autres, elle a écrit l’ouvrage Rendre le vivant politique : car contrairement à « nature » ou « environnement », « le “vivant” inclut les humains dans une communauté élargie avec les animaux, les végétaux et les écosystèmes, écrivent-ils. Il offre un langage qui relie la crise écologique à nos existences concrètes, à nos corps, à nos manières d’habiter le monde sans nous en couper ». (...)

Mais le « vivant » n’est pas la panacée. D’abord, « parce qu’il escamote les dominations qu’on entretient, nous humains vis-à-vis des animaux, estime Nataly Botero. Il est fourre-tout et met sur le même plan une levure et un veau qu’on sépare de sa mère ».

D’autres pourfendeurs du vivant — à l’instar de Frédéric Lordon — dénoncent son manque de radicalité. En clair, le terme occulterait la cause systémique de la destruction sociale et écologique, à savoir : le capitalisme. (...)


crédit image : NASA, Public domain, via Wikimedia Commons