Aux côtés du COFRADE (Conseil français des associations pour les droits de l’enfant), d’ECPAT 360 et de l’AADH (Alliance des Avocats pour les Droits de l’Homme), Utopia 56 attaque l’État en justice.
La requête porte sur le non-respect des droits des mineur·es non accompagné·es, et s’appuie sur d’innombrables exemples de situations rencontrées ces dernières années par les acteurs de terrain. C’est la première fois que la justice va devoir se prononcer sur la responsabilité de l’État dans le cadre de ces atteintes aux droits des mineur·es. Les conséquences sont réelles pour des milliers de jeunes adolescent·es. Ces violations sont illégales, puisqu’elles dégradent la santé physique et mentale des mineur·es et qu’elles les exposent à des risques de violences, d’exploitation, ou de traite des êtres humains. (...)
Ces atteintes sont observées à toutes les étapes du parcours, dès leur arrivée en France :
- refus de mise à l’abri ;
- évaluations de minorité défaillantes, parfois expéditives ou fondées sur des méthodes contestées ;
- accès insuffisant aux soins, à l’éducation et à un accompagnement socio-éducatif adaptés ;
- délais de recours très longs, sans protection ou accompagnement, plongeant les jeunes dans des situations d’errance prolongée, dans la rue, des squats, ou des campements de fortune.
Ces violations du droit ont des conséquences réelles et concrètes ; elles blessent et maltraitent, et vont jusqu’à pousser certains au découragement, au suicide ou à des comportements à risque. Nous demandons au juge d’obliger l’État à respecter la présomption de minorité et à garantir les droits fondamentaux de tous les enfants en engageant les moyens nécessaires pour leur protection immédiate. (...)
Pour Utopia 56, après dix années de travail sur le terrain aux côtés des mineur·es non accompagné·es dans plusieurs villes de France, nous pouvons affirmer sans détour qu’il ne s’agit pas de dysfonctionnements ponctuels. Il s’agit d’un système qui laisse des enfants sans aucune protection, souvent à la rue, livré·es à eux-mêmes, sciemment et depuis des années malgré les rappels de l’ONU.
L’action de l’État en matière de protection de l’enfance, déjà fragile, a été largement dénoncée dernièrement pour ses dysfonctionnements structurels. À ceux-là s’ajoute une approche discriminatoire de protection de l’enfance au rabais lorsqu’il s’agit de mineur·es isolé·es étranger·es.
Une protection de l’enfance à deux vitesses et discriminatoire envers les MNA ne peut pas perdurer. (...)
Avec ce grand procès, nous attendons que l’État français respecte enfin ses engagements pris au niveau international en matière de protection de l’enfance