La première équipe ministérielle de Gabriel Attal est une copie de la précédente, dans une version encore plus à droite et encore plus masculine. Deux anciennes ministres de droite rejoignent l’exécutif : Catherine Vautrin, qui hérite d’un grand ministère social, et Rachida Dati, nommée à la culture malgré sa mise en examen.
À rebours des promesses de « régénération » d’Emmanuel Macron, les ministres les plus importants conservent leur poste. Ainsi, Bruno Le Maire (économie et finances), Gérald Darmanin (intérieur), Sébastien Lecornu (armées) et Éric Dupond-Moretti (justice) seront toujours les « poids lourds » d’un gouvernement où continuent également de figurer Christophe Béchu (transition écologique) et Marc Fesneau (agriculture).
En tout, ce sont déjà dix ministres du dernier gouvernement d’Élisabeth Borne qui composent le premier gouvernement de Gabriel Attal. Amélie Oudéa-Castéra, jusque-là ministre des sports, récupère le portefeuille stratégique de l’éducation nationale et de la jeunesse, laissé libre par le nouveau premier ministre. Le tout donne l’impression d’un grand jeu de chaises musicales et révèle l’indigence du vivier dont dispose le chef de l’État. (...)
À défaut de renouvellement, Emmanuel Macron continue de s’appuyer sur le noyau très masculin qui l’accompagne depuis plusieurs années. L’énumération vient percuter les promesses sur la « grande cause » du quinquennat que serait l’égalité hommes-femmes : à compter de ce soir, le premier ministre, le ministre de l’intérieur, le ministre de l’économie, le ministre de la justice, le ministre de la défense et le ministre des affaires étrangères sont tous des hommes.
La précédente cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, est remerciée au profit de Stéphane Séjourné, le patron du parti Renaissance. Aurore Bergé, jusque-là ministre des solidarités, est rétrogradée au rang de ministre déléguée à l’égalité entre les femmes et les hommes. Parmi les onze ministres, sept sont des hommes. Pour donner l’apparence d’une parité, l’Élysée a ajouté trois ministres déléguées à cette première liste ; toutes des femmes, toutes placées sous la tutelle de Gabriel Attal.
L’autre élément distinctif de ce nouveau gouvernement est son ancrage à droite, plus que jamais depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. En plus d’Élisabeth Borne, deux ministres issus de la gauche quittent l’exécutif : Olivier Dussopt, le ministre du travail, affaibli par la réforme des retraites et menacé d’une condamnation judiciaire le 17 janvier, ainsi que Rima Abdul Malak, la ministre de la culture, humiliée publiquement par le chef de l’État dans l’affaire Depardieu.
Dati, l’arrivée sous la menace d’un procès
À leur place arrivent deux anciennes ministres de droite. (...)
la plus grosse surprise du remaniement s’appelle Rachida Dati. L’ancienne ministre de la justice de Nicolas Sarkozy hérite du portefeuille de la culture, une nomination que personne n’avait vue venir et qui laissait pantois, jeudi soir, les conseillers de l’exécutif et élus interrogés par Mediapart. (...)
Dès l’annonce de sa nomination, elle a été exclue du parti Les Républicains (LR) auquel elle appartenait depuis deux décennies.
Sa nomination interpelle d’autant plus que Rachida Dati est mise en examen depuis 2021 pour « corruption » et « trafic d’influence passif par personne investie d’un mandat électif public ». Elle est sous la menace d’un procès, le Parquet national financier (PNF) devant livrer ses réquisitions dans les semaines ou les mois à venir. (...)
Pour le premier ministre, attirer Rachida Dati au gouvernement n’est pas dénué d’intérêt politique. L’ancienne ministre de la justice est la principale opposante à Anne Hidalgo, candidate déclarée aux élections municipales de 2026 à Paris… que surveille aussi de près Gabriel Attal. (...)
Au-delà du cas Dati, l’ancrage de ce nouveau gouvernement est un pas supplémentaire dans la longue marche entamée par Emmanuel Macron sur les terres de la droite. Du point de vue de Nicolas Sarkozy, le casting a même quelque chose d’émouvant : son ancien conseiller économique, Emmanuel Moulin, est le nouveau bras droit du premier ministre, à la tête d’un gouvernement où ses anciens amis et soutiens ont définitivement pris le pouvoir. (...)
Pour un président de la République qui cherchait un nouvel élan, au terme d’une année marquée par la réforme des retraites, la révolte des quartiers populaires et la loi immigration, l’affaire semble mal amorcée. (...)
La promesse d’un nouveau « rendez-vous avec la nation » et la surprise Rachida Dati peineront donc à cacher l’essentiel. Emmanuel Macron continue avec le même entourage, le même secrétaire général, les mêmes ministres principaux et la même ligne politique. Le maigre changement n’est pas vraiment à son avantage. (...)
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– (France24)
Pour Gabriel Attal, la surprise Rachida Dati et un gouvernement au parfum de sarkozysme
Emmanuel Macron et Gabriel Attal ont choisi jeudi une équipe gouvernementale clairement de droite, avec Rachida Dati en tête d’affiche du remaniement. Une figure du quinquennat de Nicolas Sarkozy qui doit notamment faire oublier le maintien des poids lourds de la macronie et permettre à l’exécutif de siphonner l’électorat de droite et d’extrême droite en vue des européennes de juin.
Il s’agit sans doute d’un quiproquo. En félicitant Gabriel Attal sur X pour sa nomination comme Premier ministre, Emmanuel Macron avait mentionné, mardi, "la fidélité à l’esprit de 2017 : dépassement et audace". Au lendemain de l’annonce de la composition du nouveau gouvernement, vendredi 12 janvier, il apparaît qu’il fallait plutôt comprendre : faire preuve de stabilité tout en allant encore plus à droite, quitte à réinventer l’UMP façon Nicolas Sarkozy.
Car le coup politique de la soirée est indéniablement l’arrivée de l’ancienne garde des Sceaux Rachida Dati au ministère de la Culture. La surprise a été totale, aussi bien du côté de la macronie que chez Les Républicains (LR), qui ont aussitôt annoncé l’exclusion du parti de la maire du 7e arrondissement de Paris. Et tant pis si elle évoquait, en juin 2021, au lendemain des élections régionales, "l’absence d’idéologie, de convictions" d’Emmanuel Macron, qualifiant les membres d’En Marche de "traîtres de gauche et [de] traîtres de droite", l’essentiel est ailleurs. (...)
« La République en Marche c’est quoi ? Un parti de traîtres de gauche et de traîtres de droite, qui n’est rien sans Emmanuel Macron. » #ElectionsRegionales2021 pic.twitter.com/4JxBmLfhop
— Rachida Dati ن (@datirachida) June 21, 2021 (...)