On nous rabâche sans cesse là-haut que « le privé ça marche mieux que le public ». Vraiment ? Dans les transports, il y a un cas d’école : les « bus Macron ». Retards, salaires indécents, prix délirants, service client inexistant, CO2 en plus et qualité minable, petit tour d’horizon, sur fond de trajet Montpellier-Bercy en Blablabus, de l’échec fracassant de cette piteuse « alternative au train ».
(...) La liberté de circulation est protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789. Quid du tarif à payer pour user de cette liberté et des conditions matérielles dans lesquelles celle-ci s’exercera ?
Revenons en arrière. En août 2015 -il est alors ministre de l’économie-, Macron porte une loi « sur la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » qui, entre autres fantaisies thatchérienne, libéralise le transport régulier longue distance en autobus, donnant naissance au « Service librement (sic) organisé » (SLO) de bus. Une nouvelle manne financière à venir pour des groupes déjà présents (Ouibus, ex-iDbus, une filiale de la SNCF, et Eurolines du groupe Transdev) et pour les petits nouveau comme Flixbus, autocariste allemand, ou Starshipper, un consortium d’opérateurs locaux français (1).
Mais dès 2019, ils ne sont déjà plus que deux, formant ce que l’on appelle donc un « duopole » (sachant que même selon ce site lambda de droite (2) « le duopole impacte négativement les consommateurs »), avec d’un côté Flixbus, qui a racheté Eurolines puis l’a placé en liquidation judiciaire pendant le Covid, et BlaBlaBus, du groupe de covoiturage du même nom, qui a racheté Ouibus à la SNCF et auquel je ferai un sort un peu plus loin.
Selon le site officiel gouvernemental autorite-transports.fr en juillet 2022 (3), tout va depuis au mieux dans le meilleur des mondes. (...)
Soit : de l’argent public perdu, et de la pollution en plus. Well done. Il n’y a pas à dire, la privatisation, c’est champion.
Dans l’enfer du Montpellier-Bercy
Un soir d’été, deux intrépides reporters de Mouais, de retour du Larzac, attendent le BlaBlaBus qui les ramènera à la Courneuve, via Bercy. Pourtant, suite à diverses mésaventures -que des mésaventures sur l’ensemble de ces bus maudits, en fait- l’auteur de ces lignes s’était juré qu’on ne l’y reprendrait plus.
Évidemment, comme souvent, le départ, contrairement aux trains, se fait non pas en centre-ville, avec un quai, des bars non loin et des panneaux indiquant les éventuels retards, mais bien far far away en zone indus’ ou résidentielle, sur un bout de trottoir qui pue surpeuplé de futurs voyageurs tous plus largués les uns que les autres, faute de la moindre information autre que : « Normalement votre bus est censé passer vers par ici vers cette heure-là ». (...)
nous partons, serrés sur nos sièges trop petits. (...)
les toilettes du bus sont hors-service depuis 2 mois. (...)
Je lui demande combien elle est payée. Elle rit. Réponse : « 12,40 euros de l’heure ». Parfois, elle doit faire les avances du gazole. (...)
Du démantèlement du covoiturage libre au bus industriel, le cas Blablacar
Souvenez-vous (temps que les moins de vingt ans, etc.) de cette époque où diverses plateformes, parfois locales, citoyennes et gratuites, permettaient de prendre des covoiturages vers un peu partout dans le pays. Puis est apparu covoiturage.fr, start-up aux dents longues (c’est assumé : « On va à un rythme de start-up », a déclaré leur porte-parole Laure Wagner (6)) qui, en 2013, devient BlaBlaCar et, à la faveur de levées de fonds d’investisseur et divers rachats, instaure sa suprématie dans 22 pays d’Europe.
Entre-temps, tout en faisant les frais sur les trajets de 11 % à 19% -ce qui est énorme-, la boite aura désossé toutes les plateformes locale, alors même que selon Pierre Aussant, président de l’association Eco-mobile, celles-ci, et ce sans frais de transaction, « sont plus efficaces qu’un site national pour inciter à partager ses trajets domicile-travail » (...)
« BlaBlaCar surfe sur l’image positive dont l’économie collaborative bénéficie aux yeux du grand public. Mais n’oublions pas qu’économie collaborative rime aussi très bien avec ultralibéralisme, dents longues et business agressif... » (...)
Compagnie privées de transport : écologie nulle part, dysfonctionnements partout
Retour au « bus Macron », justement. Nous faisons une halte à la gare de Clermont-Ferrand, en plein milieu de la nuit. Des cris, au dehors. Une femme est arrivée avec trop de valises selon le nouveau chauffeur, qui refuse de la prendre. Elle tente d’appeler le service client. Les minutes passent, les esprits s’échauffent.
Un jeune homme dont la place semble-t-il n’existe pas décide donc de se mettre sur la première rangées, restée libre. Le chauffeur, décidément adorable -une sorte de grosse brute viriliste- lui hurle aussitôt dessus. « C’est une place réservée -Mais il n’y a personne dessus, et je n’ai pas de place attribuée ? -Tu bouges, c’est tout ! » Un passager prend sa défense, lui demandant pourquoi il lui parle comme ça, tandis qu’un autre se lève et, menaçant, lui dit de faire ce que lui dit le chauffeur car le bus a déjà plus d’une heure de retard et qu’il va rater son avion. (...)
Nous arrivons finalement, au petit matin, à la gare de Bercy, dont l’ambiance me rappelle férocement quand j’habitais en Inde. (...)
voir ces compagnies capitalistes miteuses squatter des aménagements municipaux tout en faisant concurrence, avec un service d’une qualité plus que douteuse, aux transports publics, a de quoi énerver.
Quelles solutions ?
Elles sont nombreuses. Déjà, bien sûr, re-développer notre réseau ferré, qui a fondu comme neige ces dernières décennies. Il est possible, sur la base de l’auto-organisation, de relancer nous-mêmes certaines lignes, comme c’est le cas avec le projet de la coopérative Railcoop (...)
L’État a également son rôle à jouer. En Allemagne, un pays que nos dirigeants ne vantent que quand ça les arrange et qu’il s’agit de moins nous payer, a été instauré un pass à 49 euros permettant d’utiliser tous les transports collectifs du pays (hors TGV). Et en Espagne, le gouvernement socialiste a rendu les trains gratuits. Avec succès (...)