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Reporterre
TotalEnergies va enseigner la « transition énergétique » à l’université de Montpellier
#TotalEnergie #Universite #greenWashing #Montpellier
Article mis en ligne le 17 juin 2026
dernière modification le 14 juin 2026

À la faculté de Montpellier, les étudiants formés aux métiers de l’énergie seront chapeautés par... TotalEnergies. Le partenariat signé avec la multinationale est décrié par les enseignants, qui dénoncent une tentative de « greenwashing » et une « entrave » à leur liberté académique.

(...) C’est ce que vient entériner une convention de partenariat signée le 11 juin entre l’établissement public et le géant pétrolier, que Reporterre s’est procurée.

Dès la rentrée de septembre 2026, les 80 étudiants du master mention Énergie de la faculté se retrouveront donc durant 62,5 heures face aux membres de Total Professeurs Associés, une association qui met à disposition ses retraités et salariés pour des interventions bénévoles. Ces derniers « apporter[ont] une participation à la rédaction des unités d’enseignement », afin de « permettre d’analyser les enjeux énergétiques actuels » et de « comprendre les mécanismes de la transition énergétique », précise la convention.

Il est également prévu que TotalEnergies assure « la visite de sites », ouvre aux étudiants « l’accès aux offres de stage et d’alternance », prenne part « aux contrôles des connaissances » et « participe au conseil de perfectionnement » du master. (...)

Au-delà d’une « politique du fait accompli » qui laisserait penser que « le passage en conseil de la faculté des sciences » ne serait qu’une formalité pour la direction, des enseignants dénoncent, dans un communiqué, une série de « problèmes éthiques » que pose la convention.

Présentation « trompeuse » et « entrave » à la liberté académique (...)

Une formule de communication déjà utilisée par la firme et pour laquelle elle a été définitivement condamnée le 23 octobre 2025 par la Cour de cassation pour pratiques commerciales trompeuses, estimant que l’entreprise avait, par ces mots, induit ses clients en erreur.

Ce que les enseignants dénoncent également : que l’engagement pris par l’université de Montpellier s’accompagne de contreparties. À savoir, que la convention permettra à TotalEnergies « un contrôle de fait du contenu d’enseignement sur des sujets sensibles car liés à la transition énergétique », écrivent-ils. Tout en estimant que « la collaboration avec le master Énergie ne nécessite pas que TotalEnergies prenne part à la définition du programme du master ». (...)

Autre point de discorde prévu par la convention : que l’université de Montpellier « s’engage à ne pas reproduire ni utiliser la marque et le logo dans des conditions qui pourraient porter préjudice à TotalEnergies ». Ce qui pourrait constituer une entrave à la liberté académique des enseignants-chercheurs dès lors qu’ils rendront publics leurs diagnostics scientifiques, pouvant par exemple porter sur l’impact de la firme sur le dérèglement climatique. (...)

De gracieuses contreparties

Depuis la loi Pécresse de 2007 sur l’autonomie des universités, et dans un contexte de sous-investissement public massif, ce type de partenariat avec de grandes entreprises se développe de plus en plus au sein des universités publiques. (...)

Plus encore, des établissements n’hésitent plus à passer des conventions de mécénat aux clauses particulièrement engageantes. Fondée en août 2023 par d’anciens élèves de Polytechnique, l’association Acadamia avait par exemple obtenu le contrat de mécénat signé en 2023 entre TotalEnergies et l’université de Lorraine pour financer l’organisation d’un camp de terrain à destination des étudiants des Mines à Nancy.

Pour la modique somme de 2 000 euros, la multinationale s’est ainsi offert une clause de non-dénigrement puisqu’en contrepartie, l’établissement « s’abstiendra de faire toute communication, directe ou indirecte, écrite ou orale, susceptible de porter atteinte à l’image et à la notoriété de TotalEnergies ». (...)

Dans le cadre de ces partenariats, il arrive aussi que les entreprises financent les établissements sous d’autres modalités. (...)

À Montpellier, « l’enjeu n’est pas financier puisque cela revient à une économie d’environ 3 000 euros », estime auprès de Reporterre Thierry Guillet, du Snesup-FSU, qui perçoit « une forme de greenwashing ». Il faut dire qu’avec ce partenariat, TotalEnergies met un pied au sein d’une université arrivée en tête du classement international de Shanghai parmi les meilleurs établissements spécialisés sur l’écologie, notamment pour ses enseignements portant sur la biodiversité ou encore l’hydrologie. (...)

De leur côté, les enseignants mobilisés réclament davantage de transparence, et espèrent que la direction accepte de rendre publique la convention de partenariat afin que l’ensemble du personnel de l’université de Montpellier puisse en prendre connaissance.