Lors des célébrations de la victoire du PSG, un collégien de 13 ans a été grièvement blessé à l’œil à Bobigny par un tir de LBD. Nouvelle illustration de la violence du dispositif policier mis en place pour le match.
Ce weekend, l’État a déployé un arsenal répressif massif contre les célébrations suite à la victoire du PSG, menant à des poursuites et des violences policières graves. Notamment, un collégien de 13 ans, qui fêtait la victoire de son club de foot, a été visé par un tir de LBD et risque de perdre l’usage de son œil, éborgné par la police.
Dans une vidéo relayée par les élus de la France insoumise Aly Diouara et Thomas Portes, on voit l’adolescent KO, transpirant, assis sur la banquette arrière d’une voiture en route vers l’hôpital. La moitié de son visage est couverte de sang qui s’imbibe dans le chiffon qu’il maintient sur son œil droit et qui coule sur son bras. (...)
Sur le plateau de BFM TV, Elsa Marcel, avocate et militante à Révolution Permanente, régissait à la répression brutale de la jeunesse ce samedi soir : « Ça fait 10 ans que l’État organise la répression de la joie populaire. On voit la manière dont la police attaque les fêtes de la musique, il y a eu la mort de Steve Maia Caniço en 2019, la répression des rave party à Redon en 2022, avec des mains arrachées, à Carhaix en 2025 avec des tirs à balle réelle. Il y a quelques jours on a vu la même répression sur les jeunes qui se baignaient dans le Canal Saint-Martin pour supporter la canicule ». (...)
Avec plus de 22 000 policiers et gendarmes mobilisés en France dont plusieurs milliers dans la seule région parisienne, l’État a déployé un véritable quadrillage policier, en nette hausse par rapport à la finale de l’année précédente. La soirée a aussi été marquée par l’usage abondant de gaz lacrymogène, de grenades de désencerclements, ou de charges policières, y compris dès le début des rassemblements. Une démonstration de force qui dépasse largement la simple gestion d’une célébration sportive et qui témoigne d’une volonté politique de contrôler, voire d’écraser, toute expression collective des quartiers populaires dans l’espace public. Dans ce contexte, le tir qui a touché l’adolescent n’a rien d’un accident isolé.
Face à ce drame, Aly Diouara a annoncé avoir signalé les faits au procureur et que lundi a été saisi l’IGPN. Malheureusement, tous les exemples récents rappellent que la « police des polices » blanchit l’immense majorité des affaires similaires, et que pour les policiers coupables de violences c’est généralement l’impunité qui règne.
Ce cas s’ajoute à une répression judiciaire sans commune mesure, avec plus de 780 interpellations pour 457 gardés-à-vue, comme Pau où un jeune a été condamné à porter un bracelet électronique pour jet de saucisson…. (...)
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Un homme en situation de handicap a subi une interpellation policière violente fin avril, dans la Drôme. Malgré les alertes de témoins sur son handicap, il a été placé en garde à vue pendant 40 heures, puis libéré sans poursuite. La famille a porté plainte auprès du parquet de Valence. (...)
Le jeune homme en situation de handicap, autiste, atteint d’une atrophie cérébrale et de surdité, cherche ses mots. Ses proches hochent la tête pour l’encourager. L’habituel sourire immense de Toufik a disparu : il fronce les sourcils pour mieux convoquer ses souvenirs, encore vifs. « Je me promenais dans le parc et là… » - il mime à ses poignets des menottes. « La police… Ils m‘ont traîné. J’ai eu peur. Je criais, je pleurais. Frappé ici, ici, ici » - il désigne la tête, les épaules, le dos. « Je ne pouvais plus respirer », mime-t-il encore, les mains sur la gorge.
Alors qu’il se baladait à vélo dans un parc de la commune de Portes-lès-Valence, au sud de Valence, Toufik est interpellé par les forces de l’ordre vers 17h15, le vendredi 24 avril. D’après les témoins et la presse locale, il pourrait s’agir de la brigade motorisée de gendarmes de Valence accompagnée de la police nationale de Valence. Toufik a l’habitude de se promener là à pied ou à vélo, « presque tous les jours », explique-t-il. (...)
Pourquoi cette intervention ? Les circonstances ne sont pas encore claires : la famille et les témoins savent qu’une mère de famille a appelé les forces de l’ordre, après que Toufik se soit approché d’elle et de sa fille. (...)
De nombreux témoins assistent donc à la scène. Onze attestations ont été produites et consultées par Basta !.
Plusieurs décrivent Toufik maintenu à terre « par quatre policiers », alors que le jeune homme « est inoffensif et surtout lourdement handicapé », précise l’une d’elles. Lucie voit les policiers s’appuyer avec leurs genoux sur son dos, ce qui pourrait correspondre à la technique du plaquage ventral, dont les risques sont largement documentés. Au moins un policier aurait placé son genou au niveau de son cou, l’empêchant de respirer, selon Toufik et des témoins.
Les coups reçus cassent l’un de ses appareils auditifs, et envoient valser l’autre loin dans les buissons – la famille ne le retrouvera que deux jours plus tard. « Je les ai aussi vu traîner son visage contre le sol », ajoute Lucie. « C’était inhumain. Même à un chien, on ne fait pas ça. Mon fils était là avec moi, on était sous le choc. ».
« Toufik, au sol, criait de douleur. J’ai moi-même tenté de dire au policier en face de moi qu’il était handicapé. Toufik ne pouvait plus respirer. J’ai vu un des policiers lui mettre un grand coup de poing dans le dos », décrit Francis, la cinquantaine et commerçant à Portes-les-Valence. (...)
Tous les témoins décrivent un jeune homme « très agréable », « respectueux », « poli », « très apprécié dans le secteur », qui « dit bonjour à tout le monde » avec « gentillesse » et n’a « jamais eu de comportement déplacé » ni avec les enfants ni avec les adultes.
40 heures de garde à vue, « sans rien entendre ni comprendre » (...)
Dès que Toufik est mis à terre, plusieurs personnes comme Francis s’empressent de signaler son handicap à la police. Dans une vidéo filmée de l’arrestation et consultée par Basta !, des enfants s’indignent de voir cet homme en situation de handicap maintenu ainsi à terre. Plusieurs témoins racontent également qu’un policier debout, avec une bombe lacrymogène dans la main, a empêché l’attroupement de s’approcher et de filmer davantage. (...)
Il est libéré dimanche matin, suite à l’expertise d’un médecin psychiatre, sollicité par le parquet, qui le juge inapte à la garde à vue. Le hasard a voulu que ce soit le médecin psychiatre de Toufik depuis son enfance qui ait été appelé. (...)
La famille tente de déposer plainte au commissariat dès le vendredi soir contre ces violences, quelques heures après l’interpellation. Elle assure avoir essuyé un refus net de la part des agents de prendre la plainte.
La version policière diffusée dans la presse locale en pleine garde à vue
La famille, encore sous le choc, a porté plainte le 29 avril auprès du procureur de la République de Valence pour violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique et atteinte aux droits fondamentaux d’une personne handicapée. (...)
L’IGPN est également saisi par le conseil de la famille. Dans un courrier du 30 avril, le directeur territorial de l’association APF France Handicap apporte son « attention particulière » à la situation de Toufik, au nom de la défense des droits des personnes en situation de handicap « en particulier celles en situation de vulnérabilité ». Et encourage la famille à saisir également le Défenseur des droits.
Sollicité sur les suites qu’il compte donner à la plainte de la famille, le procureur de la République de Valence n’a pas souhaité nous répondre, mettant en doute notre qualité de journaliste avant d’affirmer que le « parquet réserve son attention et ses réponses aux conseils et justiciables qui le saisissent ».
Pourtant, au cours de sa garde à vue, la presse locale s’est fait le relais de la version préfectorale. (...)
La famille a également porté plainte pour diffamation publique, suite à ces articles. Ceux-ci proviennent « forcément de la communication des services de police et des services du parquet, puisqu’il n’y a qu’eux qui ont accès à la procédure », épingle l’avocat Romaric Chateau. (...)
Aucune charge retenue, mais des séquelles graves
Toufik ne fait l’objet d’aucune poursuite suite à sa garde à vue. Aucune plainte n’a été portée à la connaissance de la famille. La préfecture n’a pas, pour l’heure, répondu à nos questions.
En revanche, les séquelles physiques et psychologiques qu’il en garde sont durables. (...)
– (Frustration Magazine/Nicolas Framont)
Pourquoi nous sommes dirigés par des criminels sociaux
Les mots nous manquent parfois pour qualifier la violence de ceux qui nous dirigent. Parce qu’ils se cachent souvent derrière un vocabulaire technocratique, qui vient justifier de façon rationnelle les décisions, parce qu’ils bénéficient d’un système médiatique qui invisibilise leur violence, un Emmanuel Macron, un Edouard Philippe, ou un François Hollande sont tenus loin de fléaux qu’ils ont consciemment participé à créer : la violence policière décomplexée et hors de contrôle, la mortalité infantile en hausse à cause d’un système de santé défaillant, une hausse des troubles psychiatrique ou encore un doublement du nombre de personnes vivant dans la rue depuis 2012. Il en va de même des PDG qui lancent de vastes plans de licenciement avec l’accord de leurs conseils d’administration. Le plus souvent, ils sont décrits comme des visionnaires courageux qui ont su prendre des décisions difficiles. Cette complaisance n’a-t-elle pas assez duré ? N’est-il pas temps de désigner ces gens pour ce qu’ils sont ? (...)