Alors que le RN a raflé 21 communes au premier tour, 70 municipalités risquent de basculer à l’extrême droite le 22 mars. Dans les grandes villes, la gauche domine. Sa réussite dépendra de son sens des responsabilités et de sa capacité à s’unir.
Quels enseignements peut-on tirer de ce 1er tour des élections municipales ? Rappelons, tout d’abord, qu’il s’agit de scrutins locaux, avec autant de configurations que de communes, avec chacune leurs contextes spécifiques, la personnalité propre aux candidats et candidates. Difficile, donc, de dresser un état des lieux précis des rapports de force nationaux. D’autant que, dans de nombreuses petites communes, les étiquettes politiques sont effacées. Les résultats offrent cependant une photographie du paysage politique et des évolutions à l’œuvre, six mois avant des élections sénatoriales et, surtout, un an avant le scrutin présidentiel.
Premier enseignement : malgré le rôle très concret que peuvent jouer les maires et leurs équipes dans la vie de leurs administré·es, l’abstention est forte. Un peu plus d’un·e électeur·ice sur deux (environ 57 %) s’est déplacé·e pour voter. La défiance vis-à-vis de la politique demeure conséquente. (...)
Le RN garde ou conquiert 21 villes dès le 1er tour (...)
Dans plusieurs de ces villes, les politiques antisociales, de bétonisation ou de répression syndicale menées par le RN avaient été dénoncées par le mouvement associatif. Sans effet, semble-t-il, sur l’électorat. (...)
Environ 70 villes risquent d’être ravies par le RN (...)
Le « lepénisme municipal » reste ainsi principalement cantonné dans le sud-est et le nord de la France. Il commence cependant à essaimer ailleurs, en particulier dans le Grand Est, avec une dizaine de communes à risque.
Succès insoumis et de la gauche urbaine
Face à ce péril, où en est la gauche ? Elle demeure, toutes tendances confondues, très forte dans les grandes villes. Le backlash écologiste, prédit par plusieurs sondages, n’a pas vraiment eu lieu. Les écologistes, qui avaient profité de la faiblesse du PS pour conquérir plusieurs grandes villes en 2020, résistent à Lyon, Bordeaux, Tours, Poitiers ou Besançon, même si leur réélection se jouera, parfois de manière serrée, au second tour. La victoire y dépendra du report des autres électorats de gauche, en particulier de celui de La France insoumise.
C’est l’autre enseignement de ce scrutin : les insoumis, qui avaient délaissé l’enjeu municipal en 2020, ont, globalement, réussi leur pari de se présenter de manière autonome face au reste de la gauche, même quand celle-ci se présentait de manière unie. Et ce, malgré la campagne politicomédiatique de diabolisation dont le mouvement fait l’objet, en particulier depuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque et les controverses provoquées par le chef du parti, Jean-Luc Mélenchon, accusé de jouer avec des références antisémites.
Parmi les réussites, la prise de Saint-Denis, la plus grande ville d’Île-de-France (150 000 habitant·es) après Paris, ravie au PS dès le 1er tour ; la très probable conquête de Roubaix ainsi que de Toulouse, où une alliance avec la liste rassemblant les autres forces de gauche est en passe d’être nouée ; à Limoges, où LFI emmène une liste d’union en mesure de l’emporter face à la droite ; ou encore à Lille, où LFI fait jeu égal avec l’héritier de Martine Aubry (PS). (...)
A Lyon, Toulouse ou Limoges, les gauches parviennent à s’allier (...)
Dans nombre de ces grandes villes le second tour sera tendu. La réussite de la gauche au second tour dépendra de sa capacité à s’allier, à rassembler, et à faire preuve de responsabilités en cas de désaccord, quelles que soient leurs étiquettes. (...)
En attendant, deux France semblent se regarder en chien de faïence : celle qui bascule de plus en plus à l’extrême droite, dans le sud-est, le nord et l’est de la France ; et celle de la majorité des grandes agglomérations qui s’y refuse. Entre les deux, près d’un·e électeur·ice sur deux se contente d’observer. Qu’en sera-t-il en 2027 ?