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En déroute financière, EELV licencie sans ménagement
- Actualisation - Jeudi 14 septembre 2017 - L’inspection du travail a refusé le licenciement de deux salariés licenciés par EELV, a-t-on appris jeudi 14 septembre par le syndicat Asso.
Article mis en ligne le 14 septembre 2017
dernière modification le 15 septembre 2017

Confronté à la baisse des financements publics après ses débâcles électorales, le parti écologiste a engagé une procédure de licenciement de 5 salariés sur les 9 qu’il comptait encore. D’une façon jugée par beaucoup contraire aux valeurs que défend EELV.

L’effectif a d’abord fondu avec le départ volontaire de cinq salariés avant les élections de 2017, puis un licenciement collectif pour raison économique a été mené au début de l’été de cinq autres salariés, au siège du parti. Mais la procédure est vivement contestée par les intéressés, qui ont mis sur pied un site de soutien. « Licenciement en plein mois de juillet seulement quinze jours après les élections législatives », absence de discussion et proposition de reclassement minimum… les reproches des salariés sont particulièrement violents.

À la veille du combat contre les ordonnances concernant la réforme du marché du travail, qu’EELV annonce condamner par voie de communiqué, l’affaire fait tache. « Le parti se comporte en complète contradiction avec les valeurs qu’il dit défendre », s’emporte Florent Martinez, porte-parole du syndicat Asso-Solidaires, qui s’est engagé en faveur des salariés. (...)

« On parle d’une division par trois des recettes. Par rapport à nos dépenses, il va nous manquer 315.000 euros par an »

« Nous avons été contraints d’envisager ces licenciements par la nécessité économique. L’assombrissement lié aux législatives a été déterminant », justifie Thierry Brochot, le trésorier de la formation écologiste. C’est que, en cette rentrée, EELV a la gueule de bois. Le parti ne dispose plus d’aucun député à l’Assemblée nationale, alors que dix-huit avaient été élus sous sa bannière en 2012, dans la foulée de l’élection de François Hollande.
Une débâcle électorale qui va avoir des conséquences concrètes sur les finances du parti écologiste (...)

Au total, « on parle d’une division par trois des recettes. Par rapport à nos dépenses, il va nous manquer 315.000 euros par an », regrette Thierry Brochot.
Florent Martinez, du syndicat Asso, ne conteste pas les difficultés économiques du parti. « Mais la baisse des financements n’aura lieu qu’en 2018. Il reste six mois pour trouver des solutions : baisser des factures de prestation externes, essayer d’augmenter le nombre d’adhérents… » Sans compter la trésorerie du parti, qui s’élève encore à près de 3 millions d’euros. Ce qui aurait pu retarder les licenciements, selon le syndicat. « Ce chiffre de trésorerie élevé n’a pas de réalité concrète, car nous sommes un parti fédéraliste, ce qui veut dire que cette somme est éclatée entre nos vingt-six régions », répond Thierry Brochot.
Le trésorier assure que les solutions prônées par les salariés et le syndicat Asso pour dégager du budget afin de sauver quelques postes — renégocier les contrats d’imprimerie ou réinternaliser les outils web utilisés par le parti — ne sont pas envisageables. « Depuis 2016, nous avons fait toutes les économies possibles et imaginables. On était obligé de procéder à des licenciements. » (...)

Une proposition de médiation a été signée par Michèle Rivasi, députée européenne et des dizaines de cadres locaux du parti. Sur le site de soutien aux cinq salariés, plus de deux cents commentaires laissent entrevoir le profond désarroi des sympathisants et des militants, dont certains pointent la gestion hasardeuse du parti. (...)

De quoi tendre les rapports avec des syndicats amis en plein mouvement contre la loi Travail ? « Cela n’a aucun rapport. On n’a juste plus les moyens de payer les salaires, répond à Reporterre David Cormand, le secrétaire national du parti. J’ai vu certains commentaires qui font une grande théorie politique à ce sujet… mais c’est bien plus pragmatique que cela. On est dans un contexte où le budget baisse de 60 %. » En attendant, le parti retourne à la case départ, sans graphiste ni attaché de presse, et risque de solliciter à nouveau les militants pour ce type de mission. Seul lot de consolation : selon un dirigeant du parti écologiste, Benoît Hamon a promis, lors de sa venue aux journées d’été d’EELV, fin août, que les 200.000 euros investis dans la campagne de Yannick Jadot, avant son ralliement à Benoit Hamon, seraient bien remboursés par le Parti socialiste dans les semaines à venir. Enfin, on l’espère…