Le militant, emprisonné en France depuis plus de trente ans, s’est vu refuser sa dixième demande de libération. Le ministère de l’Intérieur, lui, nie un arrêté d’expulsion. Cette décision politique complaît à Israël.
Question : la justice française se grandit-elle, fait-elle la preuve de son indépendance en refusant, pour la dixième fois, la libération de Georges Ibrahim Abdallah, chrétien libanais aujourd’hui âgé de soixante-deux ans ? L’ancien chef des Fractions armées révolutionnaires libanaises (Farl) est en prison depuis plus de trente ans maintenant. Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, il avait été condamné à perpétuité pour complicité dans les assassinats, en 1982 à Paris, de deux diplomates, l’Américain Charles Robert Ray et l’Israélien Yacov Barsimantov. Trente ans. Le triste record de Nelson Mandela, jeté dans une geôle par le pouvoir de l’apartheid, est battu.
Triple peine et régression
Qu’a dit la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Paris, réunie jeudi ? Une nouvelle fois, la demande de libération a été déclarée irrecevable, au motif que Georges Ibrahim Abdallah n’avait pas fait préalablement l’objet d’un arrêté d’expulsion. Or, cet arrêté d’expulsion, pourtant arme souvent dégainée par les multiples ministres de l’Intérieur lorsqu’il s’agit de travailleurs migrants, lui a toujours été refusé. Y compris par Manuel Valls, actuel hôte de Matignon qui, comme Charles Pasqua à son époque, a promis de « terroriser les terroristes ». Mais la cour d’appel a ajouté à cet argument le fait que Georges Ibrahim Abdallah « ne regrettait pas les actes pour lesquels il avait été condamné » et rappelé qu’il n’avait pas indemnisé les ayants droit des victimes. C’est, en quelque sorte, une triple peine. Pas moins ! (...)