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Marie-Claude Saliceti
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Hyperactifs, souvent anonymes et virulents : qui sont les soldats macronistes sur Twitter ?
Article mis en ligne le 6 août 2019
dernière modification le 4 août 2019

Macron, est pourtant au courant des soupçons qui entourent la campagne menée sur Twitter par les militants de La République en marche. (...)

Début avril, Mediapart a dénoncé en effet une "instrumentalisation des réseaux sociaux" menée par des comptes "en grande majorité anonymes" se revendiquant de la majorité présidentielle. Plus récemment, le journaliste du Monde et de l’émission de France 5 "C à Vous" Samuel Laurent soulignait sur Twitter que certains partisans de LREM n’hésitaient pas à se construire de toutes pièces une fausse identité avant de défendre le président, quand d’autres publiaient un nombre astronomique de messages, parfois agressifs, en un temps record.

Ces centaines de macronistes anonymes et hyperactifs sont-ils d’authentiques "marcheurs" ou des robots programmés pour propager la parole du parti ? Leur conduite est-elle dictée par le mouvement ? Franceinfo a tenté d’en savoir plus. (...)

Les militants LREM interrogés, habitués à publier plusieurs centaines de messages par jour, racontent avoir investi Twitter afin de défendre leur conception de la politique et occuper un terrain numérique où "insoumis" et militants nationalistes étaient, selon eux, déjà bien implantés. (...)

A l’image des militants sarkozystes lors de la primaire de la droite de 2016 et de nombreux autres comptes Twitter engagés, certains soldats numériques de LREM n’hésitent pas à relayer des dessins et montages parodiques, parfois sur le terrain de leur vie privée.

"C’est mon petit humour à moi, même s’il est peut-être à la con. Mais on ne m’engueule pas trop là-dessus, sourit Marc, militant LREM des Landes qui justifie aussi la tonalité de ses messages par le climat général du réseau social. (...)

Outre la tonalité de leurs messages, la fréquence de publication de ces macronistes convaincus sur les réseaux sociaux interpelle. Dans le cadre d’une enquête publiée début avril par Mediapart, le chercheur indépendant en sécurité informatique Baptiste Robert a analysé l’activité de certains comptes Twitter pro-LREM. L’un d’entre eux, tenu par un dénommé Lionel Costes – qui n’a pas répondu aux tentatives de contact répétées de franceinfo –, affole les compteurs avec parfois 115 tweets par heure. "Un tel rythme de publication pose forcément question, expose Baptiste Robert à franceinfo. Y a-t-il une automatisation ? Nous n’avons pas pu l’établir."

Ce qui est certain, c’est que ce comportement relève de la manipulation de trafic : privilégier le volume pour affirmer sa présence. (...)

Peut-on pour autant écarter l’existence de robots macronistes, qui partageraient automatiquement sur Twitter les messages favorables à la majorité ? "LREM n’en utilise évidemment pas, glisse-t-on au sein mouvement. Mais ce type de processus est très simple à mettre en place, et il est impossible d’être certain qu’aucun militant ne l’utilise."

Pour tenter d’en avoir le cœur net, franceinfo a publié sur Twitter plusieurs messages contenant des mots-dièses favorables à la majorité présidentielle. Mais aucun n’a été relayé automatiquement. Dernier signe faisant pencher la balance du côté d’une simple utilisation intensive de Twitter : aucun des militants hyperactifs interrogés par franceinfo n’a publié de message au cours des différents entretiens menés par téléphone.

Un autre élément reste toutefois troublant. Qu’il s’agisse de louer l’exécutif ou d’invectiver l’opposition, les publications militantes des défenseurs d’Emmanuel Macron sont souvent partagées et "aimées" plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de fois.

La plupart des militants interrogés à ce sujet admettent coordonner leurs actions à l’aide de conversations de groupe privées sur Twitter ou sur la messagerie privée Telegram. (...)

Ce type de propagande numérique, utilisée aussi bien à droite qu’à gauche, est assumée par La République en marche. "Nous avons plusieurs boucles thématiques. L’une d’entre elles est consacrée à l’actualité de LREM, une autre à celle de la liste Renaissance pour les élections européennes, etc. Nous avons envoyé un e-mail aux adhérents pour les inviter à s’y inscrire", indique-t-on au sein du mouvement.

Certains canaux de discussion utilisés par des "marcheurs" de renom sont moins officiels, mais plus explicites. (...)

Anonymat, tentatives de propulser des mots-dièses en tendances sur Twitter, groupes privés… Ces stratégies utilisées par des militants LREM laissent Nicolas Vanderbiest dubitatif. "Historiquement, toutes ces techniques ont d’abord été utilisées par les militants d’extrême droite, qui tentaient d’imposer leur agenda aux médias traditionnels, auxquels ils n’avaient pas facilement accès", détaille le directeur des opérations de l’agence de communication spécialisée dans l’analyse des réseaux sociaux Saper Vedere.

LREM n’a pas besoin de ça pour faire entendre sa voix : ses responsables sont régulièrement invités dans les médias traditionnels, où ses positions économiques trouvent également un écho. (...)

"Certains ont vraiment versé dans la pression et le harcèlement (...)

Pour Nicolas Vanderbiest, le passé du mouvement sur les réseaux sociaux incite en outre à une certaine prudence. Le spécialiste rappelle ainsi qu’au moment de l’affaire Benalla, le conseiller de l’Elysée Ismaël Emelien avait fait diffuser un montage vidéo illégal et trompeur pour tenter de disculper l’ex-chargé de mission. Les images avaient été publiées sur Twitter par un compte anonyme que Pierre Le Texier, responsable du numérique au sein de LREM, avait reconnu administrer.

Ces méthodes sont-elles pour autant efficaces ? "Pas vraiment", répondent Nicolas Vanderbiest et le chercheur en sécurité informatique Baptiste Robert. "La plupart de ces comptes fonctionnent en homophilie absolue : ils ne suivent et ne sont suivis que par d’autres personnes qui ont le même avis. Leurs messages politiques ne sortent que rarement de leur cercle", juge le premier. "Lorsqu’on observe le nombre d’abonnés de leurs comptes officiels, comme celui de Nathalie Loiseau ou de la liste Renaissance, on note un déficit de notoriété sur Twitter malgré une présence médiatique importante", relève le second.