L’historien Jacques de Saint Victor nous apprend dans un livre passionnant que le système mafieux se porte bien, en Sicile comme en Corse. Sans doute mieux que son pire ennemi : la démocratie.
Observant qu’il fallait les mêmes compétences pour devenir un millionnaire escroc et un millionnaire honnête, Lucky Luciano ajoutait : « De nos jours, il faut une autorisation pour voler son prochain. Si c’était à refaire, je commencerais par chercher à obtenir cette autorisation. »
Le côtoiement incestueux de l’affairisme respectable et de l’affairisme criminel est le biais choisi par Jacques de Saint Victor pour retracer l’histoire des mafias. A la théorie d’une éthique protestante du travail et de l’épargne qui aurait été le terreau du capitalisme, il préfère les idées de Thorstein Veblen sur la nature prédatrice du capitalisme.
On ne peut dater avec précision l’apparition de la Mafia ; on la fait naître au XIXe siècle à l’époque de l’unité italienne. Hostiles à la réforme agraire réclamée par les sans-terres, les nobles, grands propriétaires fonciers de l’ex-royaume de Naples, n’hésitent pas à utiliser les services de réseaux criminels qui tuent ou rançonnent les paysans pour les terroriser. (...)
Dans un livre passionnant, Jacques de Saint Victor, reconstitue le cheminement sinueux d’un pouvoir criminel qui a su s’adapter aux nouveaux marchés et aux nouveaux usages politiques. Son véritable ennemi, ce n’est pas la modernisation, c’est la démocratie. Non pas celle qu’on a inscrit dans la Constitution, mais celle qu’on arrive à faire pénétrer dans les esprits et dans les cœurs, en désacralisant la force impérative des liens consanguins ou communautaires.