"— Alors, monsieur l’élu, comment ça se passe, dans les cuisines de la démocratie locale ?
— Très bien, je démissionne à la fin du mois.
— Bah, pourquoi ?
— Parce que c’était une promesse de campagne. (...)
si l’on adopte le mode de vie ou la vision du monde de la majorité, on se retrouve immanquablement perdu dans la multitude à pousser son caddy le samedi matin, applaudir des millionnaires égocentriques en short qui tapent dans un ballon ou avoir la satisfaction d’avoir régulièrement laissé choir un bulletin gagnant dans l’urne.
Par contre, si l’on appartient à une minorité, une minorité réellement restreinte, on finit immanquablement par retomber encore et encore sur le même petit cercle de personnes qui ont étrangement une foultitude de points communs avec soi. (...)
Je n’avais jamais encore vu les choses sous cet angle. Le fait que le pouvoir ne corrompt pas particulièrement, mais qu’il rend accroc, ce qui induit des tas de comportements très déplaisants pour nous tous. Du coup, je commence à comprendre la profondeur et la portée du choix de Juan. (...)
Et si la majorité, elle ne veut que des trucs pourris ? Si elle n’en a rien à foutre de laisser des ruines à nos enfants ? Si tout ce qu’elle veut, c’est pousser un caddy le dimanche ou avoir une plus grosse voiture que celle du voisin ?
— C’est exactement ça la démocratie : les gens qui choisissent eux-mêmes.
— Mais si la démocratie, c’est la fin de notre espèce ?
— Pareil. Tu ne peux pas croire à la démocratie que quand ça t’arrange. Parce que sinon, ce n’est plus la démocratie.