10 raisons de ne pas expulser les habitants des bidonvilles.
1- La démolition détruit des vies en privant des gens de leur habitation sans la remplacer par une autre ;
2- Une infime minorité des habitants expulsés est hébergée, généralement pour quelques jours seulement ; Ni l’hébergement après une expulsion (circulaire du 26 août 2012) ni le Droit au logement ne sont effectifs en France ;
3 - Le bidonville, c’est mieux que la rue ;
4 - Habiter dans un bidonville, c’est pouvoir travailler, apprendre le français, scolariser ses enfants, être aidé par des associations (instruction du 25 janvier 2018) ;
5 - Après la destruction d’un bidonville, les familles reconstruisent un autre bidonville, mais sont affaiblies matériellement et psychologiquement. La destruction des bidonvilles entretient la pauvreté ;
6 - La destruction d’un bidonville coûte inutilement cher ;
7 - Sauf exception, les jugements qui décident des expulsions ne font pas intervenir le Droit au respect du domicile et à la vie privée, comme le réclame depuis 2013 la Cour européenne des Droits de l’homme ;
8 – Les bidonvilles sont situés pour la plupart sur des terrains inutilisés : friches, délaissés urbains, terrains en attente longue d’urbanisation. Il est possible de leur donner du temps ;
9 - Dire que le bidonville est dangereux ou qu’il est insalubre renvoie à la responsabilité de la puissance publique avant celle des habitants (Code de l’environnement et règlements sanitaires départementaux). Ainsi que certaines villes le montrent, la sécurisation peut trouver d’autres voies que le démantèlement.
10 - Pousser le bidonville vers la ville voisine, c’est refouler le pauvre, l’étranger, la personne en situation de précarité. C’est rejouer au niveau des communes - et au-delà du droit de l’asile ! - la mise à l’écart de ceux qu’il faut au contraire accepter, accueillir et aider.
Il y a quelques mois, nous avons dépassé les 50 000 signatures, c’est une première sur ce sujet, mais ce n’est pas assez encore pour que les préfètes et préfets sous responsabilité de l’Etat retiennent leur crayon pour signer les avis expulsions.
Les statistiques que vient de publier le CNDH Romeurope donnent une idée des chiffres : en 2018, près de 9 000 habitant.e.s de bidonvilles et de squats ont été expulsé.e.s de 171 lieux de vie. Une minorité de ces expulsions seulement est justifiée (par exemple le démarrage effectif d’un chantier sur une friche). Les autres sont pratiquées pour des raisons discriminatoires, des arguments sécuritaires exagérés, et dans l’irrespect du droit des habitants à se défendre et à être hébergés après l’expulsion.
En ces temps de grand débat national, n’oublions pas les droits des plus pauvres. Le sort des habitants des bidonvilles est une question politique qui nous regarde tous.