Le groupuscule « Zouaves Paris » a revendiqué lundi, dans une vidéo, les violences commises à l’égard de militants antiracistes lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte. Des responsables de la sécurité ont remercié les auteurs des agressions. Mardi, le candidat a « condamné toutes les violences », tout en qualifiant les militants de SOS Racisme de « provocateurs » et « chiens truffiers des subventions ».
Rarement des violences n’auront été aussi assumées par les organisateurs d’un meeting. (...)
Sur des images du Huffington Post et de BFMTV, on entend deux membres du staff lancer : « Merci d’être venu » ; « Merci d’être là ! » ; « Ça fait plaisir de voir qu’on peut compter sur vous » ; « Sans vous, ça aurait été compliqué ! Vous avez fait le job ! Maintenant, il y a les gendarmes, merci d’être là ! Retournez au meeting ! Passez une bonne soirée ! ».
Malgré la longue histoire d’affrontements, de violences, ou d’expulsions des journalistes qui ont émaillé les meetings du Front national puis du Rassemblement national, le rôle que l’organisation d’Éric Zemmour a laissé jouer à ces militants radicaux, issus du hooliganisme, dans les travées du meeting, reste surprenant. Celui d’une milice chargée des basses besognes, et notamment celle de porter les coups en lieu et place de son service de sécurité.
Questionné à la fin du meeting par des journalistes, Éric Zemmour n’a pas commenté, opposant un long silence. Olivier Ubéda, son directeur des événements, conseiller en communication et responsable des relations presse, a rétorqué : « Qui c’est qui vient faire le coup de force ? C’est pas nous. » Contactés par Mediapart, ni le candidat, ni sa conseillère Sarah Knafo, ni Olivier Ubéda, ni Albéric Dumont, le responsable « sécurité » de la campagne, n’ont répondu.
Le parquet de Bobigny a ouvert lundi une enquête sur l’ensemble des violences qui ont criblé le meeting. D’une part, sur l’empoignade d’Éric Zemmour par un homme inconnu rapidement interpellé. D’autre part, sur les violences subies par des militants de SOS Racisme : alors qu’ils dévoilaient des tee-shirts formant l’inscription « Non au racisme », debout sur des chaises, ils ont été violemment frappés et expulsés par un groupe d’individus masqués. (...)
Lundi, en fin de journée, les violences ont été revendiquées par les Zouaves Paris dans un clip diffusé sur Telegram et ironisant sur les coups portés et les blessés, le tout sur fond musical d’une chanson au refrain viral – « Bim, bam, boum ». L’un des individus qui s’en sont pris aux militants antiracistes appartient bien aux Zouaves. Il est même considéré comme leur leader : Marc de Cacqueray-Valmenier, dit Marc Hassin. Sur les images rassemblées par Mediapart, on le voit porter des coups dans la salle sur une personne tombée au sol. Lundi après-midi, Libération avait également mentionné son implication dans ces violences. (...)
Me Ivan Terel, l’avocat de SOS Racisme, a indiqué qu’une dizaine de plaintes allaient être déposées. « Une militante a eu le crâne ouvert, une autre a pris de méchants coups de poing, des gens ont été piétinés. Ils ont vraiment passé un sale quart d’heure pour un simple tee-shirt », commente-t-il. (...)
À la sortie, les Zouaves Paris se rassemblent, après avoir suivi l’expulsion des militants de SOS Racisme. C’est à ce moment que les Zouaves Paris sont remerciés dans le hall d’entrée de la salle. Parmi eux apparaît encore une fois Marc de Cacqueray-Valmenier. Il fait signe à ses troupes de réintégrer la salle. Le mouvement s’opère aux cris de : « Tout le monde déteste les antifas ! »
En fin de journée, ils prennent la pose, casques de moto et parapluies en main devant l’entrée du RER. Mediapart a pu identifier un autre membre historique des Zouaves Paris, Bastien M., alors que le groupe s’engouffre dans la station en scandant « on est chez nous ». (...)
Direction place Saint-Michel dans le centre de Paris pour la dernière photo souvenir de la journée : près d’une cinquantaine de militants prennent encore une fois place devant l’objectif. Leur nom, l’un le signe à l’aide de ses mains d’un « Z » qui veut dire « Zouaves ».
Héritiers du GUD (Groupe union défense), les Zouaves Paris ont multiplié les attaques en plein Paris ces trois dernières années : contre des supporters brandissant des drapeaux algériens lors de la Coupe du monde de football en 2018 ; contre des militants du NPA dans le cadre d’une manifestation des « gilets jaunes » en janvier 2019 ; contre un étudiant à l’université de Nanterre, en novembre 2019 ; contre un journaliste de France Inter en marge d’un défilé de La Manif pour tous, en janvier 2020 ; contre un soutien du comité Adama-Traoré dans le métro en juin 2020 et, quatre jours plus tôt, contre bar Le Saint-Sauveur, QG des antifascistes parisiens (lire notre enquête).
Cette dernière attaque a valu à cinq de ses membres – dont de Cacqueray-Valmenier et Bastien M. – un procès, en novembre 2021, à l’issue duquel le parquet a requis six et dix mois de prison ferme contre deux des prévenus pour violences et dégradations en réunion (la décision du tribunal est attendue en janvier (...)
D’autres figures et groupes de l’extrême droite ont également affiché leur présence au meeting. (...)
Outre les militants antiracistes, des journalistes ont aussi été la cible de violences et d’insultes. Les équipes de « Quotidien » et celle d’« À l’air libre », l’émission de Mediapart, ont dû quitter la salle sous les cris, mais aussi les coups. Les auteurs de ces faits n’ont pas pu être identifiés. Mediapart et les deux journalistes agressés ont déposé plainte lundi pour « violences et menaces ».