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le Monde Diplomatique
Participer, mais comment ?
Giovanni Allegretti Chercheur au Centre d’études sociales (CES) de l’université de Coimbra (Portugal).
Article mis en ligne le 12 septembre 2012
dernière modification le 10 septembre 2012

On considère de plus en plus fréquemment la démocratie participative comme l’un des moyens de rendre à la politique sa vitalité. D’autant que, dans le paysage actuel, la représentativité des pouvoirs s’affaiblit.

Il est malaisé de définir la démocratie participative, car cet horizon — à l’image de l’utopie décrite par l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano (1) — s’éloigne au fur et à mesure que l’on s’en approche. Il s’agit d’impliquer les habitants dans les décisions publiques, à travers divers pratiques et instruments qui en font des acteurs plus mûrs et donc mieux à même de coopérer. Ce faisant, il ne faut pas craindre les conflits, mais au contraire leur offrir des espaces où la confrontation les rend féconds et non plus stériles.

Le politiste espagnol Pedro Ibarra dépeint la démocratie participative comme le croisement de deux modalités complémentaires : d’abord, la « participation par irruption », liée aux protestations, occupations et autres revendications du droit de chacun à peser sur les décisions publiques ; et la « participation sur invitation », dans des arènes et autres espaces formels concédés par les institutions aux citoyens afin qu’ils s’expriment sur la gestion du territoire et les valeurs qui doivent inspirer les lois comme les politiques (2). (...)

Les processus de participation ont pour objectif de peser sur la transformation de la réalité et de ses représentations à partir d’actes de pression, de résistance et de dissidence. (...)

Mais les réseaux de décroissance, d’économie solidaire et de commerce équitable en témoignent : de telles expérimentations impliquent des renoncements personnels qui ne sont pas secondaires ; c’est pourquoi elles ne sauraient être le propre d’une minorité. A l’instar de ce qui se passe avec les « indignés », ces formes de participation auto-organisée produisent souvent des résultats incertains, visant moins à modifier immédiatement les politiques et les projets qu’à stimuler des transformations culturelles à long terme, créant l’embryon d’une nouvelle société. (...)

Les formes de « participation sur invitation » ne donnent pas, elles non plus, de résultats garantis. Mais, nées d’un pacte social, elles disposent naturellement d’objectifs et de champs de manœuvre bien définis, sur la base desquels les citoyens décident d’adhérer au processus. (...)

La majorité des expériences intéressantes de démocratie participative se fixent des objectifs locaux. (...)

Pour accepter l’imperfection et les limites des processus participatifs, il convient d’éviter de les juger à l’aune d’idéaux abstraits et irréalistes, ou d’exemples plus radicaux mais sortis de leur contexte (8), et de se poser cette question : une expérience de ce type — même incomplète — élève-t-elle le niveau de démocratie ? En fait, c’est dans cette confrontation avec l’« avant » que chacune de ces expériences révèle sa valeur et confirme que les efforts fournis en valaient la peine.
(...)