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Marie-Claude Saliceti
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Slate.fr
Quand Zola racontait les violences faites aux femmes
Article mis en ligne le 21 décembre 2017
dernière modification le 20 décembre 2017

Au tout début de « La Bête humaine », Zola décrit par le menu détail une dispute conjugale qui tourne mal. Et cela donne des frissons dans le dos.

(...) Zola ne nous épargne rien

Commence alors une dispute dont, je dois le dire, la violence m’a effrayé. Une dispute où l’auteur de Germinal ne nous épargne rien, prenant le temps de la décrire sur une dizaine de pages.

« Alors ce fut abominable. Cet aveu qu’il exigeait si violemment venait de l’atteindre en pleine figure, comme une chose impossible, monstrueuse. Il la jeta d’une secousse en travers du lit, il tapa sur elle des deux poings, au hasard... Mais se laissant glisser, elle s’échappa, elle voulut courir vers la porte. D’un bond, il fut de nouveau sur elle, le poing en l’air ; et furieusement, d’un seul coup, près de la table, il l’abattit. Il s’était jeté à son côté, il l’avait empoignée par les cheveux, pour la clouer au sol... Il lui empoigna la tête, il la cogna contre un pied de la table. Elle se débattait, et il la tira par les cheveux, au travers de la pièce, bousculant les chaises. Chaque fois qu’elle faisait un effort pour se redresser, il la rejetait sur le carreau d’un coup de poing. Et cela, haletant, les dents serrés, un acharnement sauvage et impossible... Des cheveux et du sang restèrent à un angle du buffet. »

Elle, elle ne dit rien. Elle ne se débat pas. Elle attend que cela se passe. Elle en arrive même à le prendre en pitié (...)

Et l’on se rend bien compte, que c’est là chose ordinaire, normale. Que dans cette France de la fin du XIXe siècle, tabasser ainsi son épouse, l’agonir de coups de poings, lui taper dessus encore et encore jusqu’à ce qu’elle en crève ou presque, n’a rien d’exceptionnel. Que c’est dans l’ordre des choses. Que la femme a vocation à recevoir sans broncher les taloches décrochées par son époux. Qu’il n’y a même pas lieu de s’offusquer. Que ce sont là pratiques courantes dans un couple.

Rien n’a réellement changé
Soudain, en refermant le livre, quelque peu éprouvé par le récit de cette dispute qui tourne au pugilat –il faut la lire dans son intégralité, il le faut vraiment–, je me suis demandé si, au fond, les choses avaient vraiment changé. Si aujourd’hui, Zola raconterait dans les mêmes termes une pareille scène.

J’ai repensé aux événements des semaines passées, à cette libération de la parole, à ce déferlement de témoignages qui racontaient le calvaire d’être une femme de nos jours. Et aux récits des femmes battues. À celles qui tombent chaque jour sous les coups de leur compagnon. Qui meurent dans l’indifférence générale. Victimes d’un mari, d’un amant, d’un petit ami incapable de se contrôler.

Et j’en suis arrivé à la conclusion qu’il se pouvait fort bien que non. (...)