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TRIBUNE. « J’ai l’impression de voir mon pays glisser vers un régime illibéral »
Article mis en ligne le 16 décembre 2020

Porte-parole d’Attac, Aurélie Trouvé dénonce les nombreux placements en garde à vue, samedi 12 décembre, à l’issue de la manifestation contre la loi « sécurité globale ».

Angoisser des heures durant dans une cellule sans savoir pourquoi, sans savoir combien de temps. Passer la nuit seul(e), dans le froid, dans le bruit permanent, sans pouvoir manger à sa faim, sans pouvoir aller aux toilettes quand on le souhaite… Cette expérience, je l’ai vécue en mars dernier : lors d’une journée de mobilisation pour le climat, j’avais tenu un portrait d’Emmanuel Macron à l’envers, pour signifier son inaction environnementale.

Cette expérience de la garde à vue, c’est ce que vivent, à l’heure où j’écris, les personnes interpellées samedi à Paris, au cours d’une manifestation qui partait de la place du Châtelet à 14 h 30 et avait été autorisée par la préfecture. Les charges policières se sont multipliées et au total, plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, alors que le défilé se déroulait sans violence jusque-là. (...)

Ce gouvernement mène une offensive autoritaire et liberticide d’ampleur, avec les projets de lois sur la « sécurité globale » et celle dite « séparatisme » ou encore une série de décrets décidés la semaine dernière. Il fait le choix d’une surenchère sécuritaire avec le Rassemblement national. (...)

J’ai l’impression, comme tant d’autres, de voir mon pays glisser, lentement mais sûrement, vers un régime illibéral, vers un Etat de police, jouant le jeu de la division. J’espère me tromper. J’espère surtout que nous serons suffisamment nombreux à nous y opposer.

Une seule chose me rassure : les mobilisations pour les libertés publiques, initiées il y a quelques semaines dans plus de 150 villes, rassemblent des centaines de milliers de personnes et s’ancrent dans la durée. (...)

Hier, une ligne a été franchie. Je veux croire que l’indignation suscitée renforcera ce mouvement pluriel et que le gouvernement n’arrivera pas à le faire taire. Je pense enfin aux personnes encore en garde à vue à l’heure où j’écris et à celles qui, sorties, sont peut-être soulagées comme je l’ai été il y a quelques mois. Non pas découragées mais en colère et déterminées.