Depuis plusieurs mois, les habitants de Hong Kong se mobilisent lors de manifestations hebdomadaires. Ils dénoncent les atteintes à la démocratie et l’emprise de Pékin. La représentante d’une des organisations partenaires que nous soutenons sur place, Betty Lau de Hong Kong In-Media, nous apporte un éclairage privilégié.
Hong Kong In-Media, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, a créé un média citoyen indépendant en ligne. Au fil des années, l’association a également développé des formations pour les journalistes et compte une large équipe de militants bénévoles qui coordonne des actions citoyennes. In-Media milite pour une presse indépendante à l’heure où l’emprise de Pékin sur les médias hongkongais est de plus en plus importante. (...)
Betty Lau :
La crainte de tomber sous le coup des lois chinoises, sans la moindre garantie de respect des droits humains fondamentaux, est à l’origine de la contestation.
Par ailleurs, nous avons été régis durant plus d’un siècle par le système britannique, et avons toujours revendiqué une identité forte, bien différente de celle de la Chine. Mais depuis la restitution de Hong Kong, la promesse de respect de la démocratie n’a jamais été tenue. (...)
Pour nombre de personnes, l’amendement au projet de loi sur l’extradition fait sauter la dernière digue et met un terme à la liberté relative dont jouissait la ville de Hong Kong.
Enfin, le 12 juin dernier, le mouvement s’est intensifié lorsque la police s’est violemment confrontée aux manifestants – dans leur grande majorité pacifiques – en usant de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, attisant ainsi la colère de la population envers le gouvernement et les forces de l’ordre. Depuis, les violences policières se sont aggravées de manière quasi quotidienne et il semble qu’aucun contrôle ne soit exercé sur l’usage de la force par la police. À l’heure actuelle, la contestation n’est plus uniquement liée à la question de l’extradition, elle est dirigée contre la brutalité et les abus de pouvoir des forces de l’ordre. (...)
Les leçons de l’échec du mouvement Occupy de 2014 ont été tirées. À l’époque, la seule stratégie des militants consistait à occuper les principaux accès routiers jusqu’à obtenir gain de cause sur ses revendications. Mais le gouvernement n’a jamais reculé. L’occupation s’est prolongée et est devenue problématique pour la population, qui a cessé de soutenir le mouvement. Des divergences sont apparues : certains manifestants pensaient qu’il fallait changer de stratégie et opter pour des modes d’actions plus violents, mais ils n’ont pas obtenu l’adhésion de la majorité. Ces clivages ont perduré au cours des années suivantes.
Au sein du mouvement actuel, les manifestants sont très conscients des leçons d’Occupy. Selon eux, le recours à des stratégies complémentaires – actions pacifiques et modes d’actions plus violents – permet d’atteindre l’objectif principal. Ils sont également plus mobiles en défilant chaque semaine dans un lieu différent. Ils se rapprochent ainsi des tactiques dites de guérilla. (...)
La communauté internationale devrait faire davantage pression sur les gouvernements chinois et hongkongais, pour qu’ils cessent de faire un usage disproportionné de la force, et parviennent à une réconciliation pacifique avec les manifestants. (...)
Je suis convaincue que la société civile s’est renforcée au cours des derniers mois. Hong Kong ne sera plus jamais la même. Les réseaux qui se sont tissés durant le mouvement continueront de rapprocher les gens les uns des autres. Néanmoins, il me semble aussi que la société civile va devoir faire face à de plus grands défis à l’avenir, car le gouvernement va très certainement renforcer son emprise.