Le passage de Rafah, rouvert partiellement le 2 février, a été refermé dès le début de la guerre contre l’Iran. Lors de ces quelques semaines, des Palestiniens réfugiés en Égypte avaient pu rentrer à Gaza pour retrouver leurs proches. S’ils s’attendaient à être contrôlés par l’armée israélienne, un obstacle supplémentaire les attendaient : des milices palestiniennes, soutenues par Israël.
Prévue par l’accord de paix entre le Hamas et Israël signé en octobre dernier, la réouverture du passage de Rafah, unique point de circulation entre l’Égypte et la bande de Gaza, n’aura que peu duré. Le 28 février, Israël a annoncé sa fermeture, officiellement pour "protéger les population".
Limitée à quelques dizaines de personnes par jour dans les deux sens, cette réouverture au compte-gouttes avait cependant suscité beaucoup d’attente chez les Palestiniens de Gaza réfugiés en Égypte, comme certains le racontaient à la rédaction des Observateurs. (...)
Un groupe armé qui se donne des airs de douaniers
Au-delà de son action armée, la milice des Forces populaires soigne également sa communication. Sur ses réseaux sociaux, elle s’affiche aux côtés des personnes revenant à Gaza, en leur distribuant de la nourriture.
Sur d’autres images, ses hommes se donnent des airs de douaniers : ils indiquent les objets à éviter au point de passage de Rafah, ou contrôlent les passeports. (...)
Derrière les miliciens palestiniens, des soldats israéliens
Mais derrière les images de propagande, la réalité que raconte Asma est toute autre. Après avoir été fouillée par les hommes des Forces populaires, elle dit avoir été livrée directement à des soldats israéliens. (...)
Ils ont menacé de m’emprisonner, ils ont menacé mes enfants, ils m’ont dit que je ne reverrais plus jamais mes enfants.
Après trois heures d’interrogatoire, d’insultes, d’humiliations et de moqueries, des gens des Nations unies sont venus nous chercher.
Dieu merci, tout s’est bien terminé et j’ai pu finalement revoir mes enfants.
Une milice directement soutenue par l’armée israélienne
Les détails du récit d’Asma, notamment la présence de soldats israéliens dans des tentes, indiquent que son interrogatoire s’est probablement tenu dans le complexe de Regavim, un nouveau checkpoint bâti en quelques semaines par l’armée israélienne avant la réouverture du point de passage de Rafah. Situé à 5 kilomètres de la frontière égyptienne, à l’intérieur de la bande de Gaza, son objectif est clair, selon l’armée : "Renforcer la surveillance sécuritaire" de Gaza et "vérifier l’identité des personnes entrantes". (...)
Un homme des Forces populaires aux côtés d’un membre de la mission européenne EUBAM à Rafah
L’implication de groupes armés dans le contrôle des personnes entrant et sortant de la bande de Gaza est contraire à l’accord signé en octobre dernier par Israël et le Hamas, sous l’égide du président américain Donald Trump. Celui-ci prévoit en effet un "processus de démilitarisation de Gaza", débouchant sur un avenir politique où "le Hamas et les autres factions [armées] acceptent de ne tenir aucun rôle dans la gouvernance de Gaza".
Une vidéo identifiée par la rédaction des Observateurs montre un combattant des Forces populaires en train de compter les passagers d’un bus aux côtés d’un membre de la EUBAM, la mission européenne à Rafah.
Celle-ci est pourtant chargée de "faciliter la circulation [des] passagers, ainsi que [de] surveiller et assister le personnel frontalier palestinien dans la conduite des opérations au point de passage de Rafah, conformément au plan de paix pour Gaza", selon un communiqué officiel de la EUBAM. (...)
Confrontée à ces images, la EUBAM assure qu’elle n’entretient aucun contact direct avec la milice. Elle maintient en outre que "le traitement des passagers au point de passage sous monitoring européen correspond bien aux normes internationales".
Une source ayant connaissance des opérations à Rafah a pu confirmer à la rédaction des Observateurs que la vidéo "sembl[e] montrer un membre de la mission de l’UE qui avait répondu à une demande des autorités locales [...] ce jour là". Selon elle, depuis cet incident, "les procédures ont été revues".
La EUBAM a suspendu ses opérations à Rafah dans le sillage de la fermeture du point de passage par Israël le 28 février.
"Il n’y a pas besoin d’être un expert du droit pour dire que ces milices sont illégales" (...)