Les découvertes de corps de migrants se multiplient dans l’est de la Libye ces dernières semaines alors que de plus en plus de personnes empruntent la route dite de Tobrouk. Pour Tarek Lamloum, chercheur au Centre d’études de Benghazi sur les migrants et les réfugiés et fondateur de l’ONG Belaady, ces drames sont le résultat du trafic d’êtres humains très lucratif qui s’est développé dans la région autour de ces départs. Entretien.
Le point de départ remonte à l’année 2019, lorsque les forces du maréchal Khalifa Haftar ont pris le contrôle de l’Est de la Libye [après avoir tenté, en vain, de s’emparer de Tripoli en 2019, le militaire déclare en avril 2020 le transfert du pouvoir à son autoproclamée armée, disant avoir "accepté la volonté du peuple et son mandat" ndlr].
Ces forces ont commencé à contrôler les points d’entrée dans le pays comme les aéroports. Les Syriens, les Indiens, les Pakistanais et les Bangladais ont été autorisés à entrer par l’aéroport de Benghazi avec des visas de travail de trois mois. Leur objectif était ensuite de prendre la mer. C’est à ce moment-là que les villes de Tobrouk et Derna, dans l’Est de la Libye, ont connu une hausse des départs de migrants. (...)
Le départ des migrants depuis ces zones est un indicateur très clair que tout cela se passe de manière organisée et coordonnée par ces groupes armés. La situation peut évoluer voire empirer car les profits financiers engendrés par ce trafic sont très importants. (...)
Toute une économie a été créée autour de la présence des candidats au départ. Cela inclut les passeurs, mais aussi les chauffeurs, les propriétaires de maisons et de fermes qui louent leurs habitations. Les boulangeries aussi (...)
La région tire désormais profit de ce phénomène migratoire de manière très importante. Et je ne pense pas que cela s’arrêtera et qu’on s’en passera facilement. (...)
Comment se passe l’organisation des départs dans ces régions ? (...)