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Marie-Claude Saliceti
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À Paris, des employées sans papiers d’un salon de coiffure en grève pour dénoncer les abus dont elles sont victimes
#migrantes #exploitation #abus #Paris
Article mis en ligne le 9 mars 2026
dernière modification le 8 mars 2026

Une quinzaine d’employées d’un salon de coiffure et manucure du 10e arrondissement de Paris, dont certaines sont sans papiers, se sont mises en grève mardi matin. Plus payées depuis plusieurs mois, elles dénoncent les abus et extorsions de leur patron.

(...) Si les employées – dont la majorité sont sans papiers – ont décidé de cesser le travail, c’est en premier lieu pour dénoncer le non-versement de leurs salaires depuis quatre à six mois. Ces femmes originaires d’Afrique subsaharienne ont pris contact avec la CGT pour être soutenues dans leur combat. (...)

"Quand les employées nous ont contactés, le principal problème, c’était qu’elles n’étaient plus payées. Après on a discuté de leurs conditions de travail et là, on est dans une sorte d’espace qui s’est affranchi de toute règle de droit du travail", explique Gérard Delahaye de la CGT, interrogé par InfoMigrants. "Les congés payés n’existent pas, elles ne sont même pas payées au niveau d’indice le plus bas de la convention collective de la branche esthétique, elles n’ont pas de prime d’ancienneté...", liste-t-il.

"On a toutes été dupées"

Mais les abus ne s’arrêtent pas là. Chaque mois, le patron prélevait 250 euros au salaire des employées sans papiers, soit disant pour payer les charges liées à leur régularisation future. "Pour nous, c’est ce qui permet d’engager des procédures pénales", souligne Gérard Delahaye. Les employées concernées ont décidé de porter plainte pour ces extorsions dans les jours prochains. (...)

"Au début, je pensais que c’était normal qu’il prenne les 250 euros. Il disait que c’était pour payer les charges. Mais après, j’ai vu qu’il ne déclarait pas les heures que je travaillais vraiment" (...)

À toutes ces infractions constatées dans le salon, s’ajoute l’usage de produits toxiques non-respectueux des normes européennes, utilisés sans matériel de protection adapté. Ce point a été relevé lors du passage d’un comité opérationnel départemental anti-fraude le 10 février dernier. Ce type de comité regroupe différents services de l’État (douanes, inspection du travail, police...) et permet de réaliser des contrôles poussés d’activités soupçonnées de fraudes.
"Dégradation du droit au séjour"

Pour Gérard Delahaye, le genre de situation d’exploitation constaté dans ce salon du boulevard de Strasbourg risque de se multiplier en France. "Le durcissement des politiques publiques [sur l’immigration] crée un effet d’aubaine. La dégradation du droit au séjour - la difficulté d’y accéder et les renouvellements des titres de séjour - va dans le sens de la surexploitation", met en garde le syndicaliste. (...)

Fofana, Mayarima et les autres employées ont décidé d’occuper leur lieu de travail jusqu’à ce que leur "patron leur rembourse ce qu’il a indûment perçu" et leur paye leurs heures supplémentaires. Elles demandent également leur régularisation auprès de la préfecture, invoquant l’exploitation de leur vulnérabilité.

Contacté par l’AFP, leur employeur a nié les accusations : "Tout est faux. J’ai voulu aider ces femmes et maintenant cela se retourne contre moi", a-t-il déclaré.

De leur côté, la maire du 10e arrondissement de Paris Alexandra Cordebard et le sénateur de Paris Ian Brossat ont saisi la procureure de la République de Paris pour dénoncer les faits.