L’ONG Amnesty International accuse les autorités égyptiennes de mener une vaste campagne de détentions arbitraires de réfugiés et de migrants, forçant certains d’entre eux à se cacher par crainte d’être expulsés vers leur pays d’origine.
La peur semble se répandre parmi les exilés soudanais en Égypte. Amnesty International signale dans un communiqué publié mi-février que "les autorités égyptiennes ont relancé leur campagne de détentions arbitraires et d’expulsions illégales visant des personnes réfugiées et demandeuses d’asile au seul motif de leur situation irrégulière". L’ONG estime que Le Caire viole le principe de "non-refoulement" mais aussi la législation égyptienne en matière d’asile.
L’ONU et d’autres organisations travaillant avec les migrants en Égypte dénoncent régulièrement les mauvais traitements infligés à certains groupes de réfugiés et de demandeurs d’asile ces dernières années.
Les ressortissants soudanais et sud-soudanais semblent particulièrement touchés. Certains publient des messages sur les réseaux sociaux pour mettre en garde contre les arrestations et les détentions arbitraires et dénoncer des motivations racistes.
Policiers en civil et fourgons banalisés (...)
L’ONG assure que des policiers en civil ont arrêté "des personnes originaires de Syrie, du Soudan, du Soudan du Sud et d’autres pays d’Afrique subsaharienne, après des contrôles d’identité dans la rue ou sur leur lieu de travail". Même ceux qui possèdent une carte du HCR, affirme encore Amnesty International, ont été emmenés dans des "fourgons banalisés" parce qu’ils ne pouvaient présenter de permis de séjour valide.
Plus d’un million de réfugiés sont enregistrés auprès du HCR en Égypte.
"Nous ne savons pas s’il est vivant ou mort"
"Craignant d’être arrêtées et expulsées, des familles ont été contraintes de vivre cachées chez elles, dans l’incertitude et dans l’impossibilité de travailler ou de suivre des études", déclare Mahmoud Shalaby, chercheur à Amnesty International pour l’Égypte et la Libye. "De nombreuses personnes luttent pour survivre après l’arrestation ou l’expulsion du principal soutien de famille."
Certains exilés ne sont tout simplement plus joignables. (...)
Des milliers de réfugiés détenus en Égypte (...)
Amnesty International demande aux autorités égyptiennes de "libérer immédiatement toutes les personnes réfugiées et demandeuses d’asile détenues arbitrairement pour des motifs liés uniquement à l’immigration et cesser d’expulser des personnes ayant le droit à une protection dans le cadre du droit international."
L’ONG dénonce par ailleurs la lenteur du traitement des dossiers en Égypte. (...)
"Un environnement hostile pour les réfugiés" (...)
Le chercheur estime aussi que les politiques anti-migrants menées en Égypte pourraient être étroitement liées au "soutien de l’Union européenne à l’Égypte en matière de migration", dans le cadre du dernier accord signé entre l’UE et Le Caire. Cet accord prévoit une aide de 7,4 milliards d’euros à l’Égypte, en échange d’une gestion beaucoup plus stricte de la migration.
Amnesty International appelle l’Union européenne à exhorter le gouvernement égyptien à adopter "des mesures concrètes et vérifiables pour protéger les droits des réfugiés et des migrants". L’ONG a également plaidé pour que l’UE et d’autres États élargissent "les possibilités de réinstallation" et créent "de nouvelles voies d’admission sûres et légales pour les personnes nécessitant une protection internationale, notamment sous la forme de visas humanitaires, de programmes de mobilité pour les étudiants et les travailleurs et d’initiatives de parrainage citoyen".