Près d’un mois après le début de la guerre lancée par Tel-Aviv et Washington contre l’Iran, la catastrophe dans la bande de Gaza, éloignée des projecteurs médiatiques, continue.
Samedi 21 mars à Tel-Aviv, des centaines de personnes se rassemblent sur la célèbre place Habima contre la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Mais sur certaines pancartes brandies par des manifestants aux mains peintes en rouge, des slogans rappellent qu’un autre drame se poursuit en Palestine : « Look, look, look, the genocide in Gaza continues ».
Si la nouvelle guerre lancée le 28 février contre l’Iran et le Hezbollah fait la Une des médias, celle qui frappe Gaza depuis deux ans et demi se poursuit silencieusement. « Gaza est frappé de manière régulière et continue depuis le 8 octobre 2023, avec une intensité qui varie en fonction de la séquence. Pour la population de Gaza, il n’y a pas de cessez-le-feu, simplement une variation dans l’intensité des bombardements », analyse Thomas Vescovi, doctorant en études politiques à l’EHESS et à l’université libre de Bruxelles, cofondateur et membre du comité de rédaction de Yaani.fr.
Un cessez-le-feu trompeur (...)
Plus de deux millions de Palestiniens dans le besoin
Fin février 2026, plus de deux millions de Palestiniens de la bande de Gaza avaient besoin d’aide humanitaire. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux vivent encore sous des bâches en plastique ou des tentes, un cauchemar exacerbé par les pluies, les orages, mais aussi les tempêtes de sable comme ce fut le cas ces dernières semaines. (...)
Toujours des restrictions et des obstacles (...)
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) pointe ainsi du doigt « les restrictions sévères » imposées aux articles considérés par les autorités israéliennes comme étant à double usage : des produits tels que le bois, les outils de réparation des abris, le ciment, les équipements lourds destinés à déblayer les décombres, de nombreuses fournitures médicales etc. (...)
Le Hamas renforce-t-il sa domination ?
La guerre lancée contre l’Iran ferait-elle l’affaire du Hamas dans la bande de Gaza ? Selon des médias israéliens, de gauche comme de droite, le mouvement islamiste palestinien en profiterait pour consolider sa domination. Le Hamas, qui contrôle la partie ouest de l’enclave palestinienne, est aux manettes, entre autres, du ministère de la Sécurité intérieure et sa police contrôle les routes et les marchés. « Croire que le Hamas était perdu et terminé à Gaza du fait de l’invasion israélienne, c’était de mon point de vue une analyse en trompe l’œil, car ça ne prenait pas en considération la réalité de son implantation dans la société et de sa représentativité politique auprès des Palestiniens », explique Thomas Vescovi.
Et d’ajouter : « Le Hamas fait partie du paysage politique dans la bande de Gaza, et en ce sens, il faut comprendre qu’en l’absence d’une autorité palestinienne souveraine et capable d’exercer une autorité, il n’y a que lui qui a actuellement les capacités d’organiser la vie quotidienne et d’exercer une forme de souveraineté, à la fois en termes sécuritaires comme en termes d’administration quotidienne pour les gens. » (...)
Un avenir toujours aussi sombre (...)
Lors de la présentation de son dernier rapport sur la torture systématique pratiquée par Israël sur les Palestiniens lundi 23 mars, la rapporteure spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les Territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a alerté : « Le mépris du droit international ne s’arrêtera pas en Palestine. Il se manifeste déjà du Liban à l’Iran, dans les pays du Golfe et au Venezuela. Si rien n’est fait, il s’étendra bien au-delà. » Israël semble transposer sur le théâtre libanais le modèle de guerre d’anéantissement et d’expulsion déjà éprouvé dans la bande de Gaza.
image : Ashraf Amra, CC BY-SA 3.0 IGO, via Wikimedia Commons