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Observatoire des multinationales (ODM)
Big Tech, opérateurs, fonds d’investissement, fournisseurs... À qui profite vraiment le boom des datacenters en France ?
#datacenters #multinationales #urgenceclimatique
Article mis en ligne le 17 mai 2026
dernière modification le 13 mai 2026

Le gouvernement multiplie depuis le début d’année 2025 les mesures pour attirer les centres de données en France. Menée au nom de la « souveraineté numérique », cette politique profite massivement à des entreprises étrangères, notamment les Big Tech et des opérateurs comme Digital Realty, financés par des fonds d’investissement eux aussi majoritairement étasuniens. Des entreprises françaises dans la construction, les équipements électriques ou l’énergie comptent bien se réserver une (petite) part du gâteau.

(...) le président de la République a promis de faire de la France une terre d’accueil pour les centres de données, ou datacenters, et annoncé à cette fin des investissements de 109 milliards d’euros issus du secteur privé. Une politique qui n’a rien de spécifique à la France puisque lors du même événement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le lancement du « plus grand partenariat public-privé dans le monde pour le développement d’une IA fiable », pour un montant total de 200 milliards d’euros. (...)

Selon un document de plaidoyer produit par France Datacenter, le lobby de la filière, 714 MW ont été installés sur le territoire en 2024, soit une hausse de 21 % en un an. Surtout, les centres de données construits ou en projet sont de plus en plus imposants. (...)

Parmi les plus gros projets annoncés, une coentreprise baptisée Campus IA, réunissant le fonds émirati MGX, la start-up française Mistral AI, Nvidia et la banque publique Bpifrance, veut construire un immense centre de données à Fouju, en Seine-et-Marne, qui devrait à terme atteindre une puissance de 1,4 gigawatt (GW). Google pourrait construire un centre de données de 500 MW près de Châteauroux (lire notre enquête), tandis que Microsoft a tourné ses yeux vers l’Alsace, à Petit-Landau, près de Mulhouse, avec un projet dont la consommation annuelle d’électricité, prévue à 1,5 GWh, correspond à celle de 280 000 foyers, soit autant que la ville de Strasbourg.

Souveraineté, un « mot-valise utilisé à des fins politiques » (...)

Votée en avril 2026, la loi de simplification de la vie économique prévoit dans son article 15 de classer les centres de données comme des « projets d’intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettrait à leurs opérateurs de se soustraire aux règles environnementales et d’urbanisme en vigueur. (...)

À qui profite donc vraiment, au final, la vague de construction de centres de données de plus en plus gros ? Pour répondre à cette question, l’Observatoire des multinationales a réalisé une cartographie non-exhaustive des principaux acteurs de la filière, en s’appuyant sur le travail du collectif « Le nuage était sous nos pieds » et à partir de nos propres recherches. Car si les datacenters restent pour la majorité possédés ou contrôlés par des entreprises étrangères, et notamment étasuniennes, c’est en réalité toute une économie qui tire parti du boom actuel. (...)

Poids lourds étasuniens (...)

Bulle financière (...)

L’explosion du secteur est telle que les circuits traditionnels, via les banques, ne suffisent plus. Les opérateurs ont massivement recours aux fonds d’investissement pour emprunter les sommes nécessaires à leurs projets, inquiétant certains observateurs qui redoutent la formation d’une bulle financière prête à exploser. (...)

Les « hyperscalers » des GAFAM (...)

« Meta, Amazon, Oracle, Alphabet et Microsoft ont engagé en 2025 près de 1000 milliards de dollars pour construire des datacenters de très grande taille, dits « hyperscalers » » (...)

Appel d’air pour l’immobilier et le BTP

Si les Big Tech, les géants de la finance et les opérateurs comme Digital Realty dominent clairement le secteur des datacenters et apparaissent comme les premiers bénéficiaires du boom actuel (avec les fabricants de puces comme Nvidia), d’autres sociétés tentent de tirer leur épingle du jeu. Par exemple des sociétés immobilières, qui proposent du foncier spécialement pour ce type d’infrastructures. (...)

Équipementiers et consultants veulent aussi une part du gâteau (...)

Pression sur le réseau électrique (...)

Pression sur le réseau électrique

Extrêmement gourmands en électricité, certains centres de données bénéficient depuis 2024 de la procédure « fast-track », qui leur permet un raccordement accéléré au réseau électrique géré par RTE, filiale d’EDF. Cette dernière a par ailleurs signé en 2025 un contrat avec la société Data4 lui garantissant la fourniture d’électricité issue des centrales nucléaires pour une durée de 12 ans, « moyennant un partage des coûts et des risques ». Le groupe français d’électricité, détenu à 100 % par l’État, a également mis en vente six sites, anciennement occupés par ses propres installations, à destination des opérateurs. (...)

Côté privé, TotalEnergies a signé plusieurs contrats avec des opérateurs pour leur fournir de l’électricité renouvelable, comme Orange en France, mais surtout dans d’autres pays : avec Google aux États-Unis, Data4 en Espagne, ou pour remplacer à terme les groupes électrogènes des centres de données de Microsoft par des batteries à haut rendement. (...)

Dépendance

Si le boom des centres de données en France profite ainsi à certaines entreprises nationales, c’est cependant loin de rééquilibrer l’équation économique, et encore plus loin de rendre possible une forme de contrôle de la filière. (...)