Une analyse des données de l’Union Européenne par le média EUObserver révèle qu’en 2024, et en plein génocide à Gaza, c’est la France qui a accordé le plus de licences d’exportation militaire à destination d’Israël. Décryptag
Alors qu’Israël perpétue depuis octobre 2023 un génocide à Gaza, la France se voyait bien le plus grand exportateur d’armes de l’Union européenne (UE) en direction d’Israël en 2024, avec 362 millions d’euros de licences accordées, rapportait le média EUObserver le 29 avril dernier.
Un chiffre exorbitant, et incohérent avec la réalité matérielle, mais qui révèle tout de même un soutien politique à Israël fermement ancré dans des relations de dépendance économique.
Point technique
Avant toute chose, il faut regarder ces chiffres avec précision : en France, sous le principe de la “licence unique”, toutes les opérations liées à une vente d’armes, de la prospection à la livraison en passant par la signature du contrat et la production, doivent relever d’une même licence.
Pour ne pas avoir à re-demander une licence en cas de dépassement de l’estimation initiale, les industriels ont donc tendance à gonfler leurs prévisions lors de leur demande de licence. Ce chiffre de 362 millions d’autorisations délivrées (qui va jusqu’à 387 millions selon le rapport français du ministère des armées) ne correspond donc pas à la réalité des livraisons effectivement réalisées, qui s’élèvent dans les faits à 16 millions d’euros pour 2024. Il n’en témoigne pas moins de la vitalité commerciale entre Israël et la France. (...)
Si le montant de licences délivrées ne correspond pas aux ventes réelles ni aux livraisons effectuées, c’est un chiffre qui démontre un démarchage commercial sérieux de la France vis-à-vis d’Israël. Or, pour rappel, la Cour de justice internationale (ICJ) a alerté en janvier 2024 d’un “risque plausible de génocide”, déclaration qui “enclenche un régime juridique qui engage tous les pays autant que les entreprises”, comme le soulignait Insaf Rezagui, docteure en droit international et juriste, lors d’une conférence de presse en avril dernier. Les ventes d’armes, dans ce contexte, devraient être suspendues, ou tout du moins contrôlées afin d’empêcher que celles-ci ne soient utilisées pour commettre un génocide. Un engagement que la France n’a pas relevé.
Pourquoi la France vend-elle des armes ? (...)
"notre analyse à Amnesty, c’est que les exportations d’armes mettent la France dans une situation de dépendance vis-à-vis du client. Ces partenariats l’empêchent de critiquer voire de s’opposer aux pratiques des pays auxquels elle vend des armes, et lui diminue sa capacité d’influence internationale.”
“Encore une fois, l’Etat français ment”
Si le chiffre mis en avant par EUObserver est intéressant, c’est qu’il témoigne d’une forte incohérence entre les déclarations et la pratique. Depuis le début du génocide, le France prétend ne pas vendre d’armes offensives en Israël, assurant que les seules livraisons autorisées seraient destinées à des fins “défensives” ou à de la réexportation vers des pays tiers.
Non seulement ces affirmations ont été démenties par plusieurs rapports, mais la convention sur le génocide exige en outre de ses pays membres (dont la France) qu’ils préviennent activement le génocide, et un embargo sur les armes, quel que soit leur usage, pourrait représenter une des mesures nécéssaires. (...)