Dans une vingtaine d’établissements, des lycéens apprennent à reconditionner des ordinateurs, en utilisant le système d’exploitation libre Linux. Avec, en jeu, des questions de durabilité, mais aussi d’éducation au numérique.
Au-delà de prolonger la durée de vie d’ordinateurs, le projet « Nird » (Numérique inclusif, responsable et durable) est né dans ce lycée et vise un second objectif : passer ces PC sous Linux. Ce système d’exploitation, alternative à Windows, fait partie de la galaxie du numérique « libre » : des programmes dont le code source est accessible — la plupart du temps gratuitement, mais pas systématiquement — ce qui permet à des personnes de les utiliser librement, mais aussi de les modifier.
Ces logiciels n’appartiennent donc pas à une société, comme le sont les logiciels dits « propriétaires », à l’image de la suite Adobe, ou de Microsoft Office, qui contrôlent les fonctionnalités et les mises à jour de ces outils, ou encore les données des utilisateurs. (...)
Le libre, recommandé par l’Éducation nationale
« On ne trouve pas normal qu’à l’école publique, Windows soit en situation de quasi monopole, explique Pascal Beel, et que des enfants travaillent sur des machines dont les données sont captées par des serveurs aux États-Unis. » Les parcs informatiques des écoles élémentaires, collèges et lycées fonctionnent en effet très majoritairement sous le système développé par Microsoft. Qui se demande d’ailleurs, lorsqu’il achète un ordinateur, quel système d’exploitation sera installé ? (...)
Pourtant, dans sa Stratégie du numérique pour l’éducation, le ministère de l’Éducation nationale encourage notamment à donner « la priorité […] au logiciel libre et au matériel neuf ou recyclé, sous système d’exploitation libre ».
Des enjeux de souveraineté numérique (...)
« Nird n’est pas une démarche de militants, c’est une démarche qui vise à traduire des textes en actes », affirme Alexis Kauffmann, chargé de projet logiciels et ressources éducatives libres au ministère. Celui qui est également cofondateur de l’association Framasoft, souligne que « le contexte du passage forcé et coûteux de Windows 10 à Windows 11 » est apparu comme une occasion pour développer le projet Nird à l’échelle de plusieurs établissements. (...)
« En faire non pas un sujet technique mais un sujet pédagogique voire politique » (...)
Pour les écoles primaires, les lycéens installent une version de Linux spécifiquement développée pour les enfants, Primtux, dans laquelle sont inclus des logiciels éducatifs. Coût de l’opération pour l’école : 225 euros, soit 15 euros par disque dur neuf.
Si le club de Bruay-la-Buissière est aujourd’hui plutôt rodé, et financé par le rectorat ainsi que par la région Hauts-de-France, tous les établissements engagés dans la démarche Nird ne reçoivent pas le même soutien de leur hiérarchie et des collectivités. (...)
« Il faudrait que l’Europe comprenne que ce n’est pas neutre d’utiliser Windows ; maîtriser sa technologie, c’est vraiment crucial. »