Partager l’électricité solaire entre voisins cartonne en France, mais un décret pourrait tuer dans l’œuf des dizaines de projets alternatifs. Un coup de massue pour l’autoconsommation collective.
C’est une idée simple, presque trop simple pour ne pas inquiéter : partager l’électricité solaire, parfois hydraulique, entre voisins, à l’échelle d’un quartier, d’un village, d’une zone d’activité. Cela s’appelle une boucle d’autoconsommation collective (ACC), qui permet de produire de l’électricité ici et de la consommer là, à quelques kilomètres à peine. Sauf qu’un projet de décret, passé en catimini, vient changer les règles du jeu et tue dans l’œuf des dizaines de projets alternatifs. Ce, alors que le système cartonne en France.
Comme ces boucles redonnent un peu de prise aux habitants sur un système par essence centralisé et depuis longtemps verrouillé, elles se diffusent comme une petite traînée de poudre solaire. (...)
L’association des Centrales villageoises parle d’un « outil citoyen et territorial, favorisant l’appropriation locale des enjeux énergétiques ».
Au sein de ces boucles, on se répartit l’électricité comme on veut. (...)
Une micropolitique de l’énergie, locale, souple, évolutive, presque artisanale. En supprimant cette souplesse, un projet de décret réglementaire menace l’existence même de ces boucles.
Étouffer un modèle alternatif (...)
Désormais, tout devra être fixé à l’avance : les consommations et les productions. Porté par la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), et bientôt signé par la ministre de l’Énergie Maud Brejeon, ce décret réglementaire impose de figer à l’avance les clés de répartition, jusqu’à J-2. Comme si le soleil respectait un planning !
Officiellement, le décret vise à éviter des « arbitrages opportunistes ». Certains opérateurs pourraient être tentés d’optimiser a posteriori la répartition en fonction des prix du marché. La filière reconnaît que ces pratiques existent, mais ne dispose d’aucun chiffre permettant de quantifier l’ampleur de la fraude supposée. (...)
Pour les acteurs de terrain, le contresens est total. « Si ce texte est appliqué, il empêche d’adapter finement les usages à la réalité des conditions du réseau et de la météo », explique Bruno Spiquel, de la coopérative Plein soleil, qui s’apprête à lancer sa boucle dans l’Yonne. Deux ans de montage, de concertation locale, de développement d’outils pour traduire les décisions collectives en allocations d’électricité transmises à Enedis… et soudain, une règle qui change. (...)
Comme souvent en matière énergétique, la ligne de fracture n’est pas technique. Elle est politique. (...)