Nucléaire - Ouverture du débat public sur Newcleo, premier projet de SMR en France : un poisson (et poison) d’avril Le projet Newcleo de SMR (Petit réacteurs modulaire) relève avant tout de l’arnaque aux subventions
Le débat organisé en France par la Commission nationale du débat public (CNDP) sur le projet de premier petit réacteur modulaire nucléaire (SMR) en France doit débuter ce jeudi 2 avril 2026. Or, pour être raccord avec la réalité de ce prétendu projet, la CNDP aurait mieux fait de l’avancer de 24h au 1er avril, jour des blagues...
En effet, toute personne qui suit la question du nucléaire, même de loin, sait que les annonces de la société Newcleo relèvent uniquement de l’arnaque aux subventions, en particulier publiques, lesquelles ont déjà commencé à pleuvoir sur la start-up Italo-Français dirigée par l’aventurier beau parleur Stefano Buono.
Il est notable que, prudence étant mère de sûreté, les installations que Newcleo prétend construire sont prévues en France et non en Italie : si par extraordinaire elles étaient construites, tout accident contaminerait principalement l’Hexagone. Et, dans tous les cas, lorsque Newcleo aura inévitablement fait faillite, c’est l’argent public français qui devra assumer le nettoyage des lieux.
Au bord du dépôt de bilan à la fin 2025, Newcleo semble avoir encore convaincu quelques dirigeants naïfs de "remettre au pot" et de prolonger ainsi l’illusion dont on sait qu’elle va finir par s’évanouir, la seule question étant de savoir quand exactement.
Le projet de Newcleo se présente essentiellement sous la forme de deux installations habilement prévues près d’installations nucléaires d’EDF : un réacteur nucléaire près de la centrale nucléaire de Chinon et une usine de combustible près de celle de Nogent-sur-Seine.
Or il faut savoir que, elle-même en échec avec son propre projet de SMR baptisé Neward qui est repoussé aux calendes grecques (pour ne pas dire qu’il est abandonné), EDF n’est en rien impliquée dans les délires de Newcleo et est probablement même bien embêtée de voir cet agitateur envisager de venir se coller à ses installations.
* Le réacteur annoncé par Newcleo relève d’une technologie absolument pas maîtrisée (refroidissement au plomb) présentant de nombreuses difficultés non résolues ou difficilement maîtrisables.
* Quant à son usine censée produire le combustible nécessaire, elle est supposée être alimentée en plutonium, un élément ultra sensible qui peut-être utilisé pour faire des bombes atomiques ou des attentats aux conséquences effroyables. Newcleo n’explique pas par qui et comment du plutonium lui serait livré.
Il est d’ailleurs nécessaire que les autorités françaises s’expliquent sur le sujet : envisagent-elles de livrer du plutonium français à Newcleo, ou tout simplement d’autoriser la livraison (par on ne sait qui et comment) de plutonium à Newcleo, sachant que de tels transports sont ultra sensibles et sont supposés être accompagnés d’escortes lourdement armées…
L’Observatoire du nucléaire estime que les autorités françaises doivent rapidement faire savoir que le projet Newcleo n’est qu’une arnaque, cesser de lui attribuer des subventions publiques, et l’enterrer.
Il est en effet indispensable que ces même autorités de concentrent sur les propres projets d’EDF, les fameux réacteurs EPR ou EPR2, qui sont eux-mêmes des échecs industriels et financiers et doivent être dès que possible annulés.
Il sera alors encore temps que la France s’engage enfin résolument dans le développement des énergies renouvelables dont il faut rappeler qu’elles représentent désormais, tous les ans, plus de 90% des nouveaux moyens de production d’électricité sur Terre. Il s’agit là d’une implacable réalité industrielle et financière, loin des illusions nucléaires… (...)
Lire aussi :
– (La Gazette nucléaire)
Sommaire n°302 - Mai 2024
- Éditorial
- Dossier SMR
- Définition / Classement
- Histoire des SMR en France
- Projet Nuward (France)
- SMR 2
- Projet NAAREA
- Projet Jimmy
- Sûreté et SMR (IRSN)
- SMR en exploitation
- Akademik Lomonosov (Russie)
- Shidaowan (Chine)
- SMR en construction
- Carem 25 (Argentine)
- Linglong 1 (Chine)
- BREST-OD-300 (Russie)
- Projet NuScale (USA)
- Conclusion
EDITORIAL
Passage en force vers un avenir qui ne s’annonce pas radieux mais radioactif
Le Gouvernement, obnubilé par la filière nucléaire, est prêt à tout pour la sauver et la relancer. Les derniers mois passés en attestent et les prochains en attesteront.
Opacité accrue, perte de transpa-rence, coups de canif au débat démocratique et parfois à la légis-lation en vigueur, des décisions « osées » dans divers secteurs… Mais ouf ! des consultations et autres dispositions « audacieu-ses » sont prévues pour sauver la face.
Le ministre de l’Industrie et de l’Énergie a entériné l’abandon de la loi de programmation énergie et climat, pourtant une obligation légale. En fuyant un débat au Parlement, le gouvernement transforme la stratégie climatique et énergétique de la France en simple fait du Prince. A de nombreuses reprises, Emmanuel Macron avait promis que la décision de relance de la construction de réacteurs nucléaires en France serait validée par le Parlement. Cette promesse semble définitivement enterrée”. Ça ne vous rappelle pas une certaine époque qui avait motivé la création du GSIEN ?
Mais ouf ! une énième consultation publique, dont les contributions finiront probablement sur la même étagère que celles de la Grande consultation sur le mix énergétique de 2023, est prévue.
Malgré de nombreux plaidoyers de diverses instances et associations, la fusion du gendarme du nu-cléaire avec l’expert technique du secteur a été définitivement adoptée dans la nuit du 9 avril. Avec nos partenaires de Global Chance, de l’ACRO et de la CRIIRAD nous avons à de multiples reprises rappelé qu’il était essentiel de maintenir une distinction entre expertise et décision. Tiens, au passage la loi fait disparaître l’obligation légale de publication des avis scientifiques et techniques qui s’imposait depuis 2016 à l’IRSN. Ils seront publiés de manière concomitante aux décisions auxquelles ils se rapportent. Ça ne vous rappelle pas la gestion opaque d’un certain évènement en 1986 ?
Mais ouf ! le règlement intérieur de la future ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) définira des règles et des modalités de publication de ces avis pour les décisions pour lesquelles l’autorité en décide autrement (notamment au regard de la nature des dossiers concernés ou pour favoriser la participation du public). Enfin une promesse tenable : l’activité promet pour une fois d’être faible. (...)