Réduire la population des animaux jugés "nuisibles", comme les renards, fouines ou corneilles, coûte plus cher que les dégâts qu’ils causent en France, démontre une étude du Museum national d’histoire naturelle.
Chaque année, près d’1,7 million d’animaux sauvages présents sur la liste des "espèces susceptibles d’occasionner des dégâts" sont tués, pour un coût estimé entre 103 et 123 millions d’euros, alors que les dégâts qu’ils causent ne s’élèvent au maximum qu’à 23 millions d’euros.
"Il n’est donc pas rentable de détruire les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts : cela coûte plus cher que d’indemniser les dommages économiques causés", concluent les chercheurs, jugeant cette politique "inefficace et coûteuse".
En outre, en matière de régulation des espèces, les mesures mises en place échouent : en étudiant cinq espèces d’oiseaux de la liste ESOD, les scientifiques ont constaté que les effectifs des populations nicheuses n’avaient pas diminué. Des études précédentes arrivaient au même constat pour le renard roux.
https://www.franceinfo.fr/environnement/le-gouffre-economique-de-la-guerre-aux-nuisibles_7856342.html
Le Conseil d’Etat donne de l’oxygène aux ESOD
À la suite de recours de plusieurs associations, dont la LPO, la justice a annulé le classement d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) dans plusieurs départements, notamment la martre sur l’ensemble du territoire.
En dépit d’une importante mobilisation associative et citoyenne, le Ministère de la Transition écologique avait publié le 4 août 2023 l’arrêté triennal fixant pour 3 ans (2023-2026) la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) dans chaque département français : la martre des pins, la belette d’Europe, la fouine, le renard roux, la pie bavarde, le geai des chênes, la corneille noire, le corbeau freux et l’étourneau sansonnet. Selon un tableau de répartition géographique annexé à l’arrêté, chacune de ces espèces est classée ESOD à l’échelle d’un département ou sur un nombre limité de communes ou de cantons, où elle peut être tuée quasiment toute l’année en quantité illimitée.
Dénonçant un inacceptable massacre, la LPO avait déposé un recours juridique devant le Conseil d’Etat, ainsi que l’ASPAS, One Voice, FNE, Humanité & Biodiversité et Animal Cross. La plus haute juridiction administrative française vient de rendre sa décision suite à l’audience du 31 mars 2025.
Au total, sont déclassés :
- La martre dans les 26 départements où elle était considérée ESOD. S’agissant d’une espèce inscrite à l’annexe V de la Directive habitat, les prélèvements doivent être compatibles avec son maintien dans un état de conservation favorable, au regard de données de surveillance que le Ministère de la transition écologique n’a pas été en mesure de fournir.
- La fouine dans l’Aveyron, le Morbihan et le Territoire de Belfort
- Le renard dans l’Aveyron, la Haute-Loire et la Lozère en dehors des zones où il est susceptible d’occasionner des dégâts.
- Le corbeau freux dans le Nord et le Pas-de-Calais
- La corneille noire dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, l’Aveyron, les Bouches-du-Rhône, la Haute-Loire et le Vaucluse
- La pie bavarde dans l’Ariège, la Charente, la Haute-Garonne, le Gers, le Maine-et-Loire, la Somme et l’Essonne
- L’étourneau sansonnet en Corrèze, Meurthe-et-Moselle et dans la Meuse.
Le Conseil d’Etat (CE) annule également le déterrage du renard décidé par le Ministère à l’insu des préfets dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes, de l’Aude, les Bouches-du-Rhône, le Finistère, le Gard, le Jura, la Loire, le Bas-Rhin, le Territoire de Belfort et le Val-d’Oise.
Néanmoins, la belette demeure encore et toujours classée ESOD dans le seul département du Pas-de-Calais, fief du président de la Fédération nationale des chasseurs, en raison de sa prétendue abondance et des risques qu’elle ferait peser sur les activités agricoles… (...)
Nous vous proposons d’anticiper sur les prochaines décisions concernant les demandes de classement ESOD pour la période 2026-2029 en interpellant la Ministre de la transition écologique.
Nous vous proposons d’envoyer copie à votre préfecture qui va prochainement préparer ses demandes de classement ESOD pour la période 2026-2029 (...)