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Marie-Claude Saliceti
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Infomigrants
Dans l’enclave espagnole de Ceuta, "les morts sont devenus la norme"
#Ceuta #migrants #immigration
Article mis en ligne le 22 mars 2026
dernière modification le 19 mars 2026

En 2025, au moins 40 migrants sont morts en tentant de rejoindre Ceuta à la nage ou en escaladant la barrière qui sépare l’enclave espagnole du sol marocain. Un record. Et cette année, on compte déjà neuf personnes décédées dans les mêmes conditions. Au fil des ans, un homme est devenu un acteur intournable de la question : Abdeslam Mohamed Hossain. Il fait le lien entre les familles de disparus et les corps de migrants retrouvés à Ceuta. Rencontre.

(...) Cet habitant de Ceuta préside l’association Alas protectors ("Ailes protectrices") qui distribue des vivres et des vêtements aux personnes dans le besoin.

Mais au fil des années, l’homme de 66 ans, également photographe sportif, a diversifié ses activités, bien malgré lui. Dans son carnet, Abdeslam Mohamed Hossain répertorie minutieusement le nom des personnes mortes ou disparues en tentant d’atteindre l’enclave espagnole, une des deux seules frontières terrestres (avec Melilla) de l’Union européenne sur le sol africain. (...)

Son ordinateur regorge de photos des migrants plein de vie - et finalement décédés sur la route de Ceuta. (...)

Et le nombre de morts ne cesse de grossir. (...)

À Ceuta, "les morts sont devenus la norme, le sujet n’intéresse plus personne. C’est pourtant un drame humanitaire", souffle Rachid Sbihi, secrétaire général de l’Association unifiée des gardes-civils (AUGC) dans la ville. (...)

Son téléphone aussi foisonne d’images de migrants. Mais celles-ci ne montrent pas des jeunes en bonne santé comme les photos reçues par Abdeslam Mohamed Hossain, ce sont celles de cadavres qu’il a prises près des barbelés ou en mer. "C’est très dur psychologiquement, car nous, les gardes-civils, nous sommes en première ligne", lance Rachid Sbihi, en montrant sur son smartphone le corps d’un homme inanimé. Sur la vidéo, sa dépouille accrochée à une chambre à air (utilisée par les migrants comme bouée) dérive dans la Méditerranée. (...)

Abdeslam Mohamed Hossain vit également avec des images qui le hantent. "Parfois, je n’arrive pas à me concentrer, cela m’affecte beaucoup. Et je n’ai aucune formation pour gérer ce genre de situation", admet-il.

Il ne travaille pas sur l’identification des cadavres, cette tâche incombe aux autorités*. Lui, fait le lien, de manière informelle, avec les familles restées au pays. (...)

Environ 100 tombes de migrants dans le cimetière musulman

Avec le temps, l’homme est devenu une référence : son Whatsapp est inondé de messages de familles de disparus, qui lui demandent de l’aide. (...)


image : Environ 100 migrants reposent dans le cimetière de Sidi Embarek, à Ceuta, en mars 2026. Crédit : InfoMigrants