Après avoir déchiré son contrat avec Grasset en direct à la télévision, David Dufresne analyse les dessous de la crise engendrée par la décision de Vincent Bolloré de remercier Olivier Nora, patron historique de la maison d’édition.
La crise majeure provoquée chez Grasset par le limogeage brutal d’Olivier Nora, a eu pour conséquence immédiate la publication d’une lettre ouverte contre Vincent Bolloré, signée par plus de 140 auteurs (dont Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Laurent Binet…) dénonçant « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à liberté de création ». Ils y annoncent quitter la maison d’édition.
De son côté, l’écrivain, réalisateur et journaliste David Dufresne a marqué les esprits en déchirant en direct dans l’émission “C ce soir le 15 avril”, son contrat d’édition. Ce geste symbolique, à la fois individuel et politique, s’inscrit dans un moment de rupture inédit dans le monde du livre.
Vous avez déchiré votre contrat en direct à la télévision mercredi soir. Pourquoi ce geste spectaculaire ?
David Dufresne
Écrivain, réalisateur et journaliste
Il s’agissait d’une proposition de contrat pour un futur ouvrage. Chez Grasset, je signe habituellement livre après livre, donc un contrat à chaque fois. Celui-ci datait de septembre, je ne l’avais pas encore signé. Le geste n’était pas totalement prémédité. Mais nous sommes dans un moment de clarification. Bolloré n’est plus dans une bataille culturelle, il est dans une guerre.
Ce qu’il fait avec Grasset est une déclaration de guerre. (...)
Le lendemain, 140 auteurs annonçaient leur départ dans une lettre ouverte. Êtes-vous surpris par l’ampleur de la réaction ?
Non. (...)
auteurs, petits ou grands vendeurs, se sont accordés pour dire « Stop Bolloré », de manière rapide et presque brutale. La rapidité répond à la brutalité. (...)
En décapitant Grasset, Bolloré installe une maison sans éditeur : du commerce et de l’idéologie, plus de littérature ni d’essais. Et cela pose aussi la question, plus large, d’un secteur de plus en plus contrôlé par des profils extérieurs à la culture. (...)
Ce qui faisait le sel de Grasset, c’était la diversité des voix, parfois opposées. On va vers une homogénéisation et donc un appauvrissement de la pensée. C’est évident.
Qu’allez-vous faire personnellement ? Une action collective semble envisagée…
Je vais tenter de récupérer mes droits. Les discussions sont en cours. Si un collectif d’auteurs se forme, je le rejoindrai. Cela pose aussi la question d’une clause de conscience dans l’édition, comme elle existe dans le journalisme. (...)
image : LPLT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons