(...) Depuis quatre ans, le nombre de "retours volontaires" opérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) n’a cessé d’augmenter. Interrogé mardi 11 mars par une députée, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a annoncé que plus de 21 000 exilés avaient été rapatriés dans leur pays depuis 2022.
(...) Cette augmentation s’explique notamment par la considérable détérioration des conditions de vie des migrants en Tunisie. Depuis près de trois ans et le discours anti-migrants de Kaïs Saïed, la vie des exilés désirant rejoindre les côtes européennes en traversant la Méditerranée au départ de ce pays de transit "empire de jour en jour". Violences, racisme, abandons dans le désert, les maux sont nombreux. "Ici, il y a beaucoup d’agressions, de vols, de viols de femmes et d’hommes… Moi-même, j’ai été kidnappé et séquestré en 2024", racontait en novembre 2025 Lamine*, un Guinéen, à InfoMigrants. (...)
Pour Ibrahim*, un autre Guinéen interrogé par notre rédaction, "la Tunisie est devenue plus dangereuse que la Libye pour les Subsahariens". Après avoir été intercepté en mer, il raconte avoir vécu un enfer avant d’être abandonné dans le désert à la frontière avec la Libye : (...)
"Il n’y a rien de moins volontaire que les ’retours volontaires’"
En tout cas, le recours de plus en plus massif aux "retours volontaires" ne fait pas l’unanimité. "Il n’y a rien de moins volontaire que les ’retours volontaires’", estimait Jean-Pierre Cassarino, enseignant chercheur au Collège d’Europe en Pologne, membre d’un binôme de chercheurs qui a travaillé sur le sujet mi-2025. Ces chercheurs évoquent des migrants "acculés" et des "expulsions" qui ne disent pas leur nom.
Selon les deux chercheurs, ces programmes de "retours volontaires" s’inscrivent dans une politique d’externalisation du contrôle des frontières par l’Union européenne (UE) qui exerce une forte pression sur ces pays tiers, en échange de contreparties, afin qu’ils gèrent la migration en son nom.