Présentée comme un fleuron de l’industrie verte, une raffinerie de cobalt et de nickel destinés aux batteries électriques va naître près de Bordeaux. Mais derrière cette vitrine, l’entreprise servira aussi l’industrie militaire.
Au départ, le message était clair : « Un projet pionnier en France de fabrication de matériaux essentiels aux batteries de véhicules électriques. » Le projet Emme - pour Electro Mobility Materials Europe — prévoit de créer une immense raffinerie de cobalt et de nickel, deux métaux nécessaires à la fabrication de batteries. Censée voir le jour en 2028, l’usine devrait produire 20 000 tonnes de sulfate de nickel et 3 000 tonnes de sulfate de cobalt par an.
Présenté comme un maillon clé de la transition énergétique, destiné à permettre à la France de s’affranchir de la domination chinoise en produisant des batteries made in Europe, Emme intègre pourtant une autre dimension, que ses promoteurs ont longtemps passée sous silence : une partie des métaux raffinés servira à l’industrie militaire.
Un « projet d’intérêt national majeur »
Localement, la future raffinerie fait des remous depuis plusieurs mois : situé à une dizaine de kilomètres au nord de Bordeaux, le site de 32 hectares classé Seveso seuil haut se trouve en zone inondable, en bord de Garonne. Outre la destruction de zones humides, associations et riverains craignent qu’en cas d’inondation, les sulfates de nickel et de cobalt, toxiques pour les organismes aquatiques, se dispersent dans le fleuve. (...)
Mais dans les hautes sphères de l’État, ces critiques ne semblent guère trouver d’écho. Le projet Emme bénéficie au contraire d’un soutien politique assumé (...)
Mais dans les hautes sphères de l’État, ces critiques ne semblent guère trouver d’écho. Le projet Emme bénéficie au contraire d’un soutien politique assumé (...)
L’État s’est également engagé à financer près de 30 % du projet : sur les 530 millions d’euros prévus dans le décret, 150 millions proviennent d’un crédit d’impôt au titre d’« investissements dans l’industrie verte ». L’objectif affiché est de faire de la France un leader des matériaux pour batteries en Europe. Tout est mis en œuvre pour aller vite (...)
Le préfet de Gironde, Étienne Guyot, vient de donner un dernier coup d’accélérateur en approuvant la modification du document d’urbanisme nécessaire à l’implantation de l’usine. Le terrain, en zone inondable, est désormais constructible.
Avions de chasse, missiles et blindage (...)
une partie de la production (3 000 tonnes de nickel ultrapur supplémentaires) sera destinée aux superalliages militaires. Ces alliages à base de nickel et de cobalt sont particulièrement intéressants pour l’armée car ils résistent aux températures extrêmes et aux fortes pressions : le nickel est notamment présent dans le moteur d’un Rafale, le cobalt dans les réacteurs et turbines d’avions et navires militaires.
L’enjeu est de taille (...)
a dépendance est telle que, depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Union européenne n’a imposé aucune sanction sur le nickel russe. S’agissant de la fabrication finale des superalliages, l’Europe reste aussi largement dépendante du leader mondial du secteur, les États-Unis. (...)
Un volet « défense » passé au premier plan (...)
L’ajout d’un volet « défense » à de nombreux projets industriels n’est plus une exception, et apparaît davantage comme une méthode (...)
n assiste même à un renversement : « Il y a quelques années, les promoteurs de la transition énergétique avaient la crainte que ces politiques industrielles soient au service des intérêts militaires, sans que cela soit explicite. Aujourd’hui, c’est l’inverse : la mention de défense est partout, et cela peut être un argument pour limiter l’accès à des informations précises sur ces projets. » Avec le risque, en militarisant à outrance, d’empêcher élus et citoyens de remettre en question ces projets.
Des actionnaires inconnus (...)
Au-delà de l’historique du projet, sa viabilité économique interroge(...)
« Qui pilote le projet ? En vérité, on ne sait pas », dit Émilie Sarrazin.
Du nickel extrait avec une technique controversée (...)
Un fournisseur sans labellisation indépendante (...)