Aux États-Unis, de plus en plus de droits que l’on croyait acquis ont été fragilisés. Certaines franges radicales de la droite vont jusqu’à évoquer des restrictions du droit de vote des femmes. Judith Ezekiel, historienne franco-américaine, s’inquiète de la capacité de résistance des mobilisations féministes.
Depuis la fin des années 1970, je suis parmi celles qui ont prévu l’offensive contre le droit à l’avortement et la contraception. Ces campagnes ont coûté cher aux Républicains, l’opinion publique restant largement favorable à ces droits.
Mais la stratégie a porté ses fruits, étant au cœur de la recomposition de la droite, rapprochant les ennemis historiques : protestants fondamentalistes, catholiques et juifs ultra-orthodoxes. Leur effort a mis quarante ans pour aboutir ; aujourd’hui, l’avortement est interdit ou difficile d’accès dans de nombreux États et on tente de criminaliser les avortements même spontanés.
La campagne antiféministe s’élargit au suffrage féminin. On a beaucoup dit que Trump a été élu grâce aux femmes blanches, mais il s’agit de Blanches chrétiennes évangéliques, sans études supérieures (d’où l’attaque de Trump/Maga contre les universités). (...)
Priver les femmes du droit de vote reste le but avoué d’un petit nombre. (...)
Milliardaire proche de Trump, Peter Thiel, cofondateur de Palantir Technologies, reçu à l’Académie française et au ministère des Affaires étrangères, a aussi dénoncé le suffrage féminin. Elon Musk propose un droit de vote réservé aux parents.
Ces thèses sont portées par une frange radicale, mais elles se diffusent et se normalisent. (...)
Un recul des droits qui ne dit pas son nom
Le projet de loi fédérale, le Save America Act, sous couvert de vérifier la nationalité des électeurs, pourrait compliquer, voire bloquer, le vote des femmes ayant changé de nom après leur mariage. 69 millions de femmes pourraient être ainsi concernées. (...)
On estime que plus de 40 % de la population féminine et des personnes transgenres ne possèdent pas les pièces d’identité requises. (...)
L’opposition à la liberté des femmes est au centre des projets autoritaires. (...)
Sur Fox News, on se lamente de la baisse de la natalité chez les 15-19 ans. À cela s’ajoutent des projets de lois contre le divorce sans faute dans plusieurs États, pour rendre les femmes plus captives du mariage.
Ce qui semblait impensable hier devient possible. Cependant, le droit de vote des femmes est constitutionnel et, comme leurs sœurs suffragistes, les féministes sont très mobilisées dans l’Amérique de Trump ; contrairement aux suffragistes qui dépendaient du soutien massif des hommes, aujourd’hui, les femmes votent. Mais il faut bien plus que ce droit pour s’opposer à cette atteinte – et tant d’autres – à la démocratie en Amérique.