Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
Éthiopie : dans le camp de déplacés de Hitsats, au Tigré, les familles "décimées" par les départs en Libye
#Ethiopie #migrants #immigration
Article mis en ligne le 27 mars 2026
dernière modification le 24 mars 2026

Le camp de Hitsats, au centre du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, accueille plus de 15 500 personnes déplacées par la guerre, pourtant achevée en novembre 2022. L’impossibilité d’un retour dans l’ouest de la région et les conditions de vie déplorables du camp poussent une partie d’entre elles à fuir vers l’Europe via la Libye, où elles seront victimes de multiples violences. Une situation qui plongent les familles restées sur place dans un profond désespoir. Reportage.

(...) D’après Keshi Mebrahtu, coordinateur du site, sur les 4 525 foyers du camp – qui compte au total 15 550 personnes – "la moitié ont un fils, une fille, un frère ou une sœur, parti sur les routes migratoires, en grande majorité pour la Libye. Les familles sont décimées par les départs". Une fois arrêtés, les exilés sont soumis à des coups et actes de torture, au manque d’hygiène et de nourriture, pour forcer leurs proches à verser une rançon exorbitante en échange de leur libération. Régulièrement, des vidéos de migrants torturés et menacés inondent les réseaux sociaux en Éthiopie. (...)

Nettoyage ethnique (...)

Depuis la fin de la guerre, acté par l’accord de Pretoria le 3 novembre 2022, l’ouest du Tigré est occupé par la région voisine de l’Amhara. Pendant le conflit, ses forces armées, alliées à l’armée fédérale d’Addis Abeba et aux soldats érythréens, ont pris le contrôle de l’ouest du Tigré, conduisant à des déplacements forcés de population, des nettoyages ethniques et des crimes contre l’humanité, documentés notamment dans un rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW), publié en avril 2022.

Depuis, les autorités amhara administrent la région, et les témoignages faisant état de ségrégation à l’encontre des Tigréens restés sur place se multiplient. (...)

Aujourd’hui, plus de 750 000 personnes déplacées sont toujours bloquées dans les camps de la région, selon le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), malgré l’accord de Pretoria qui oblige pourtant les autorités éthiopiennes à organiser leur retour. (...)

Pour la plupart des déplacés, reconstruire sa vie au Tigré est par ailleurs une option inenvisageable, au regard de la morosité économique dans laquelle est plongée la région. Avant le conflit pourtant, "elle était l’une des plus dynamiques d’Éthiopie", portée par les secteurs de "l’agriculture, l’industrie manufacturière et les petites industries", note une étude publiée le 4 août 2025 dans la revue américaine Nature (...)

D’après une étude de la Tigray Youth Association - qui dépend de l’administration régionale - en 2023, 81% des Tigréens de 25 à 35 ans étaient au chômage. Et 40 % des sondés envisageaient de quitter l’Éthiopie pour chercher un emploi à l’étranger. "Oui, les armes se sont tues, mais la guerre se poursuit sous d’autres formes, affirme Yohannes Giday, coordinateur de l’association. La reconstruction du Tigré n’a même pas encore commencé. Les infrastructures et les services sociaux sont réduits en cendres. Alors évidemment que les jeunes préfèrent traverser la frontière". (...)