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Grèce : ouverture à Lesbos du procès de 24 travailleurs humanitaires jugés pour trafic de migrants
#Grece #refugies #immigration #ONG #humanitaires #solidarite #repression
Article mis en ligne le 6 décembre 2025
dernière modification le 5 décembre 2025

Vingt-quatre travailleurs humanitaires comparaissent devant la justice depuis ce jeudi sur l’île grecque de Lesbos pour des accusations de trafic de migrants après avoir patrouillé en mer et aidé des naufragés entre 2016 et 2018. Parmi eux, la célèbre réfugiée syrienne Sara Mardini, sœur de la nageuse olympique Yusra. Les ONG estiment que ce procès est une illustration de la criminalisation de la solidarité en Grèce. "Le sauvetage de vies en mer est assimilé à tort à du trafic de migrants", déplore Human Rights Watch.

Leurs missions consistaient en des patrouilles le long des côtes, jumelles à la main, à la recherche de bateaux en détresse, mais aussi en des interventions au large lorsque la situation le nécessitait et, la majeure partie du temps, en des gestes simples et "des sourires" adressés aux migrants fraîchement débarqués, expliquent les militants.

Parmi les accusés, figure Sara Mardini : cette célèbre réfugiée syrienne qui vit à Berlin s’est fait connaître en 2015 pour ses exploits en mer Égée, lorsqu’elle a, avec sa nageuse olympique de sœur Yusra, aidé à amener le bateau de migrants sur lequel elle se trouvait jusqu’à Lesbos, en nageant à côté, sauvant ainsi les passagers. Celle dont le parcours a inspiré le film "Les Nageuses" était revenue en 2016 sur l’île, cette fois-ci non plus en tant que migrante, mais comme sauveteuse bénévole au sein de l’Erci.

L’autre figure de proue des accusés est Sean Binder, un ressortissant allemand qui a commencé à faire du bénévolat pour Erci en 2017. (...)

Tous deux ont été arrêtés en 2018 et ont passé plus de 100 jours en détention provisoire avant d’être libérés dans l’attente de leur procès.

"Après des années de retards injustifiés, nous espérons que le procès pour crimes graves va enfin commencer", a déclaré Zacharias Kesses, l’avocat représentant six des accusés, dont Sara Mardini, cité par le média britannique The Guardian. "Au cœur de cette affaire se trouve une tentative des autorités de criminaliser l’aide humanitaire afin que toutes ces organisations quittent Lesbos."

"Criminalisation de la solidarité"

Ce procès, largement médiatisé, est scruté par les défenseurs des droits. Nombreux sont ceux à dénoncer une farce ou encore une justice "grotesque", selon les termes d’Amnesty International, dont l’intention serait de dissuader d’autres organisations humanitaires d’aider les migrants et ainsi décourager ces derniers de venir dans le pays. "Cette affaire illustre de façon frappante une tendance inquiétante en Europe : la criminalisation de la solidarité envers les personnes en déplacement.", a estimé mercredi 3 décembre dans un communiqué Human Rights Watch (HRW). (...)

Parmi ces 24 humanitaires, 16 avaient déjà été poursuivis pour espionnage et complicité avec une organisation criminelle. Début 2024, ils ont tous été acquittés par un tribunal grec. Les juges ont suivi les réquisitions du procureur qui réclamait la relaxe.

La cour d’appel de Mytilène a estimé qu’aucun fait relevé dans les témoignages compilés par les autorités ne prouvait les accusations portées à l’encontre des accusés. "Le procureur a clairement déclaré qu’il n’y avait aucune preuve qu’un des accusés ait commis quelque chose d’illégal", avait à l’époque déclaré à l’agence de presse AP Haris Petsikos, l’un des avocats de la défense.

Durcissement de la politique migratoire (...)

En septembre 2025, le gouvernement a voté une loi criminalisant les migrants. Le séjour irrégulier n’est plus une irrégularité administrative mais un délit pénal. Les étrangers restés sur le territoire grec après le rejet de leur demande d’asile risquent désormais une peine de deux à cinq ans, et une amende de 10 000 euros.

La loi supprime également la possibilité d’obtenir un titre de séjour après sept ans de présence sur le territoire grec et porte la durée maximale de rétention de 18 à 24 mois.

Le gouvernement s’intéresse aussi de plus près aux réfugiés statutaires. Selon une nouvelle circulaire grecque, les autorités pourront engager une procédure visant à suspendre ou à révoquer ce statut de réfugié à toute personne qui voyage dans son pays d’origine.