Région très dépendante des hydrocarbures du Golfe, l’Asie du Sud-Est subit de plein fouet les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz. Les gouvernements multiplient les mesures d’urgence pour faire face aux effets de la guerre au Moyen-Orient.
Le détroit d’Ormuz, aujourd’hui quasiment fermé, est l’un des principaux goulots d’étranglement de l’économie mondiale. Or, s’il y a bien une région qui risque de suffoquer, c’est l’Asie du Sud-Est. Près de 90% du gaz naturel liquéfié (GNL) et plus de 80% du pétrole qui circulent dans le détroit sont destinés au continent asiatique, dont une part importante alimente les économies de l’Asean, très dépendantes des hydrocarbures des pays du Golfe.
Certains de ces Etats importent entre 60 % et 90 % de leur pétrole et de leur GNL du Moyen-Orient. Sans rétablissement des flux ou une diversification rapide, cette dépendance structurelle fait peser un risque sérieux de pénurie alors que les économies de la région - industrie manufacturière, pétrochimie, électronique, textile, transport maritime et aérien - sont très gourmandes en énergie. (...)
Une situation aggravée par des marges de manœuvre budgétaires limitées et un recours massif aux subventions. (...)
Des répercussions en cascade
Dans la région, les effets du conflit se mesurent d’abord à la pompe. Au Vietnam, le prix de l’essence a bondi en quelques jours. Aux Philippines, au Laos, en Thaïlande ou en Birmanie, les scènes de stations-service prises d’assaut se multiplient, alimentées par la crainte des pénuries. En Birmanie, les autorités ont décidé d’encadrer strictement la distribution et d’imposer des rationnements pour éviter la rupture. Pour des populations aux revenus modestes, quelques centimes de plus par litre se répercutent rapidement sur le coût de la vie.
La hausse des prix de l’énergie affecte les coûts de transport, de production et, en bout de chaîne, les prix des denrées. Les pêcheurs vietnamiens hésitent à prendre la mer, faute de marges suffisantes pour absorber l’augmentation du gasoil. Les transporteurs routiers et les services de fret voient leurs coûts exploser, menaçant la rentabilité des petites entreprises. Dans les pays où l’inflation était déjà sous surveillance, comme l’Indonésie, cette nouvelle poussée nourrit les inquiétudes d’un glissement vers un contexte stagflationniste, associant croissance ralentie et hausse durable des prix. (...)
La pétrochimie, qui repose sur un approvisionnement stable en naphta, propane ou butane importés du Golfe, est l’un des premiers secteurs à être touché. (...)
Dans le secteur des services, le tourisme, pilier économique en Thaïlande, au Cambodge ou en Indonésie, est menacé par la double combinaison de la hausse du prix du carburant aérien et du bouleversement des routes aériennes. (...)
Télétravail, plafonnement, subventions...
Face à ce choc, la priorité immédiate a été d’amortir le choc des prix pour les ménages et les entreprises. Plusieurs gouvernements ont mobilisé leurs fonds de stabilisation pour contenir la hausse à la pompe, comme la Thaïlande, (...)
Parallèlement, beaucoup de pays ont mis en place des mesures de sobriété et de gestion de la demande énergétique. (...)
Sur le plan de l’approvisionnement, les gouvernements cherchent à diversifier leurs sources. (...)
Inquiétudes régionales
Au niveau régional, l’Asean a adopté un ton résolument prudent mais inquiet. Les ministres des Affaires étrangères et de l’Économie ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, tout en insistant sur la nécessité de maintenir ouverts les grands corridors énergétiques et commerciaux. (...)
Mais la crise a également une dimension géopolitique : la réorientation des forces américaines vers le Moyen-Orient alimente les interrogations sur la solidité de l’engagement des États-Unis en Indo-Pacifique, au moment où les tensions en mer de Chine méridionale restent vives. Dans ce jeu géopolitique complexe, l’Asean tente de maintenir sa ligne traditionnelle de non-alignement, alors que la sécurité de ses approvisionnements et la stabilité de sa croissance dépendent d’un équilibre international qu’elle ne maîtrise pas.