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Marie-Claude Saliceti
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Immigration en Europe - Une crise surtout politique : l’immigration choisie augmente, la clandestine recule
#UE #Frontex #immigration
Article mis en ligne le 17 mars 2026
dernière modification le 14 mars 2026

A voir les images de sauvetages en mer ou de débarquements de migrants dans les ports méditerranéens, à écouter les discours politiques, l’Europe donne l’impression d’avoir perdu le contrôle de ses frontières. Une perception largement nourrie par la désinformation et une rhétorique anxiogène, en particulier à l’extrême droite. Pourtant les chiffres racontent une tout autre histoire. L’immigration dite irrégulière recule tandis que l’immigration choisie augmente.

Le décalage entre perception et réalité est massif. Une enquête Eurobaromètre de 2022 montre que 68% des Européens surestiment la part réelle des migrants dans la population. Les migrants ne sont pas majoritaires dans la société, ils sont majoritaires dans notre attention. Cette surévaluation alimente mécaniquement les appels à la fermeture totale des frontières alors même que l’Europe organise, dans les faits, l’arrivée de millions de migrants par des voies légales.

Les arrivées irrégulières en net reflux

Contrairement à l’idée d’un déferlement incontrôlé, les entrées irrégulières représentent une fraction marginale de la migration vers l’Union européenne. C’est ce que vient de montrer une enquête menée par les journalistes du réseau Euranet +. (...)

L’immigration irrégulière vers l’Union européenne est en forte baisse. Selon Frontex, sur les onze premiers mois de 2025, le nombre de passages irréguliers aux frontières a encore chuté de 26% par rapport à 2024. Sur deux ans, les entrées irrégulières de migrants reculent de plus de la moitié soit un niveau historiquement bas depuis 2021.

La Méditerranée centrale reste la route la plus empruntée, notamment vers l’Italie mais les volumes observés sont structurellement bien inférieurs à ceux du milieu des années 2010.

L’Ukraine, un cas à part (...)

Toutes les migrations ne font pas peur, seulement celles que l’on choisit de désigner comme telles.

L’asile aussi recule

Même constat du côté des demandes d’asile. Entre janvier et juillet 2025, environ 455.100 demandes de protection internationale ont été déposées dans l’UE, soit 23% de moins que sur la même période en 2024.

Sur l’ensemble de 2024, l’Union a enregistré 998.530 demandes, en baisse de 12% par rapport à 2023. L’Espagne, la France, l’Italie, l’Allemagne et la Grèce concentrent la majorité des premières demandes (...)

toutes les migrations ne font pas peur, seulement celles que l’on choisit de désigner comme telles.
L’asile aussi recule

Même constat du côté des demandes d’asile. Entre janvier et juillet 2025, environ 455.100 demandes de protection internationale ont été déposées dans l’UE, soit 23% de moins que sur la même période en 2024.

Sur l’ensemble de 2024, l’Union a enregistré 998.530 demandes, en baisse de 12% par rapport à 2023. L’Espagne, la France, l’Italie, l’Allemagne et la Grèce concentrent la majorité des premières demandes. En ce qui concerne les nationalités des demandeurs d’asile, la proportion la plus élevée provient du Venezuela (54.600), viennent ensuite l’Afghanistan (près de 35.800), la Syrie (26.200), le Bangladesh (19.400) et l’Ukraine (14.750).

Par ailleurs, les demandeurs d’asile dans l’UE doivent désormais faire face à un retard important dans le traitement de leur dossier. (...)

Augmentation de l’immigration légale

Dans le même temps, l’immigration totale augmente. En 2023, près de 6 millions de migrants sont arrivés dans l’Union européenne. C’est moins qu’en 2022, année exceptionnelle, mais bien plus qu’en 2019 avant la pandémie. (...)

Ces migrants arrivent parfaitement légalement : travail, études, regroupement familial. En 2023, 10% de la population de l’UE était née hors de l’Union européenne et 6,4% étaient des citoyens non européens.

Alors nous ment-on sur l’immigration ?

La réponse est plus complexe qu’un simple oui ou non. (...)

Il y a effectivement une baisse du nombre d’arrivées irrégulières vers l’Union européenne. Et malgré ça, l’immigration reste le siège d’un discours polarisant parce que la désignation d’un bouc émissaire est un outil facile (...)

Aujourd’hui les entrées régulières représentent la plus grande partie de la migration vers l’Union européenne. Ce n’est pas un accident, c’est une réponse structurelle à une double réalité, d’une part le vieillissement démographique et, d’autre part, la pénurie de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs. (...)

Le vrai paradoxe européen

La plupart des Etats membres affichent donc un discours de fermeté, tout en organisant plus discrètement l’ouverture aux étrangers. Ils dramatisent l’immigration irrégulière tout en dépendant de l’immigration légale. Ils parlent de crise alors qu’ils gèrent une transition démographique.

Pour Satieta Ngo, ce décalage entre discours et réalité n’a rien d’accidentel : "ce décalage entre politique et réalité des chiffres ne s’explique que par intérêt électoral. Les politologues, les personnes qui observent la vie politique peuvent aisément expliquer que tenir des propos assez durs et une vision très ferme en matière de migration a tendance à rapporter au niveau popularité, et ça se traduit au niveau du succès électoral".

Les chiffres le démontrent, l’Europe ne subit pas une invasion. Le problème n’est pas l’immigration mais le récit politique qu’on en fait. (...)