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Marie-Claude Saliceti
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The intercept (traduction DeepL Translator)/ Taqwa Ahmed Al-Wawi March 9 2026
Israël a détruit les routes et les transports de Gaza. Désormais, nous nous déplaçons à pied.
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #cessezleFeu
Article mis en ligne le 24 mars 2026
dernière modification le 21 mars 2026

Les bombardements israéliens ont immobilisé les voitures à Gaza et rendu les routes impraticables. L’attaque contre l’Iran n’a fait qu’entraîner une flambée des prix et aggraver la situation.

À Gaza, se déplacer ne fait plus partie des activités banales de la vie quotidienne. L’offensive militaire israélienne et le siège prolongé ont tellement détruit le réseau de transport de Gaza que des trajets qui ne prenaient autrefois que quelques minutes en voiture nécessitent désormais des heures de marche à travers les décombres et les débris effroyables. Ce qui était autrefois un geste ordinaire — quitter son domicile, se rendre à la clinique, rendre visite à des proches — est désormais devenu un travail physique, un calcul de la douleur et un risque à mettre en balance avec la nécessité.

Fin 2025, le ministère des Transports et des Communications de Gaza a indiqué qu’environ 70 % des véhicules immatriculés – soit plus de 50 000 voitures, taxis, bus et camions – avaient été détruits ou rendus inutilisables. Entre 68 et 85 % du réseau routier a subi des dommages ou a été totalement détruit, certaines zones comme Khan Younis ayant perdu plus de 90 % de leurs voies de circulation. Les forces israéliennes ont à plusieurs reprises bombardé, creusé des cratères et rasé au bulldozer les routes principales et les carrefours, provoquant un chaos qui a fragmenté la bande de Gaza en zones isolées où se déplacer d’un quartier à l’autre nécessite de longs détours ou des heures de marche.

Alors que le monde tourne son attention vers l’Iran, la vie quotidienne à Gaza n’est pas revenue à la situation d’avant le génocide. Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur offensive conjointe contre l’Iran, le Liban et l’ensemble de la région, les prix à Gaza ont fortement augmenté, la population s’étant précipitée pour acheter des produits de première nécessité et du carburant. La hausse soudaine de la demande et l’offre limitée ont fait grimper le coût de la nourriture, de l’eau et des transports. Les points de passage frontaliers ont été fermés pendant 48 heures, ce qui a encore aggravé les pénuries et contribué à la hausse rapide des prix. Ces derniers jours, les prix ont commencé à baisser progressivement et à se stabiliser, mais le fardeau économique global reste lourd pour la plupart des ménages à Gaza, où de nombreuses personnes ont encore du mal à subvenir à leurs besoins fondamentaux.

Les routes ne relient plus les quartiers, et les transports ne garantissent plus l’accès aux soins de santé, au travail ou à la subsistance. Même les rues qui restent techniquement praticables sont obstruées par des décombres, des véhicules ou des infrastructures effondrées sous la surface. Les canalisations d’eau et d’égouts ont éclaté sous les bombardements, inondant les rues et transformant la mobilité en une entreprise semée de risques biologiques. Dans de nombreuses zones, les routes sont désormais indissociables des ruines.

Cet effondrement n’est pas uniquement le résultat des frappes aériennes. Le blocus israélien — qui continue de restreindre l’accès au carburant, aux pièces de rechange, aux pneus, aux batteries et aux engins de chantier — a sapé la capacité de Gaza à réparer ou à se relever. Les véhicules qui ont survécu aux bombardements restent souvent immobilisés en raison de pannes mécaniques qu’aucun garage ne peut réparer. Même les pièces et équipements de base — filtres, courroies, systèmes de freinage — sont devenus difficiles à trouver. La pénurie de carburant a fait grimper les prix bien au-delà des moyens de la plupart des familles, tandis que les mécaniciens ont recours à des substituts dangereusement improvisés qui détruisent les moteurs et émettent des fumées toxiques dans des zones densément peuplées.

À mesure que les moyens de transport officiels disparaissent, les habitants se tournent vers des solutions peu sûres : des tuk-tuks dépourvus de normes de sécurité, des charrettes tirées par des animaux, des camions de marchandises bondés et non conçus pour le transport de passagers, ou encore de longues marches à travers des rues dévastées. L’asphalte s’est effondré et fissuré, se mêlant aux décombres, aux eaux usées, aux têtes de fer tordues et aux vestiges de bâtiments détruits, formant des chemins accidentés, semblables à des chemins de terre. Se déplacer dans ces espaces transforme la marche en une routine physiquement éprouvante. Le cliquetis des bâtiments qui s’effondrent et des bombardements lointains est constant, et l’air semble opaque, chargé de poussière et de fumée.

Les habitants organisent leurs journées en fonction de ce que leur corps leur permet d’accomplir.

J’ai vécu cette réalité à maintes reprises. Pendant plusieurs semaines, j’ai fait quatre fois le trajet avec mon frère, Mohammed, pour aller chez un dentiste dans le camp de réfugiés d’Al-Maghazi, situé à près de 10 kilomètres de chez nous. Il n’existe aucun moyen de transport fiable entre ces deux endroits. La distance s’est transformée en une épreuve qui ne se mesurait pas à l’aune des cartes, mais en fatigue musculaire, en temps perdu et en douleur qui s’intensifiait à chaque pas sur le sol accidenté.

Un de ces jours-là, il pleuvait à verse. Les routes défoncées se sont transformées en boue recouvrant l’asphalte brisé et les pierres coupantes. L’eau s’accumulait dans les cratères laissés par les bombes. Par moments, je courais à toute vitesse sur de courts tronçons sûrs, pour être à nouveau ralenti par la boue et les débris.

Les transports ne nous emmenaient qu’une partie du chemin. Nous parcourions toujours le reste du trajet à pied, en adaptant notre rythme à l’état de la route et aux limites de notre corps. Sans cette douleur dentaire intense, je ne serais pas sortie de ma chambre. Le trajet m’a épuisée plus que l’intervention dentaire elle-même. Chaque pas ressemblait à une négociation entre la nécessité et l’effondrement.
Les autorités municipales ne peuvent pas déblayer les décombres. La pénurie de carburant et le manque d’équipements en état de marche les affectent également, empêchant le déblaiement à grande échelle des débris. Il en résulte une forme d’immobilité forcée : des quartiers entiers restent de fait coupés du monde, non pas par des postes de contrôle, mais par la dévastation. Les habitants organisent leurs journées en fonction de la distance que leur corps leur permet de parcourir.

J’ai essayé de rendre cette marche supportable en cherchant des fragments de beauté le long du chemin : un arbre en fleurs poussant à côté des décombres, un rosier qui, d’une manière ou d’une autre, trouvait encore de quoi se nourrir, un bâtiment qui n’était pas encore effondré, la faible lueur rayonnante des enfants jouant dans la cour d’une école au loin. J’ai photographié les nuages, je me suis prise en photo simplement pour passer le temps, et je me suis arrêtée chaque fois que mon corps me le demandait. Ces petits gestes étaient mes mécanismes de survie, des tentatives pour affirmer que Gaza recelait encore quelque chose qui méritait d’être remarqué.

Cette expérience n’a rien d’exceptionnel. Elle reflète une réalité plus large dans laquelle l’accès aux soins de santé ne dépend pas uniquement des besoins médicaux, mais aussi de l’endurance physique. Des patients manquent leurs rendez-vous ou abandonnent complètement leur traitement parce qu’ils ne peuvent pas se rendre aux cliniques. Des parents portent leurs enfants sur des kilomètres pour les emmener aux points médicaux. Les personnes âgées et celles en situation de handicap restent bloquées sur place, dépendantes des autres ou contraintes de renoncer indéfiniment aux soins. La capacité de marcher sur de longues distances à travers les décombres est devenue un filtre qui détermine qui reçoit des soins et qui n’en reçoit pas.

Les conséquences économiques aggravent la crise. Des dizaines de milliers de chauffeurs ont perdu leur gagne-pain, leurs taxis, bus et camions ayant été détruits ou immobilisés. Le transport commercial a considérablement ralenti, perturbant les chaînes d’approvisionnement et faisant grimper le prix des produits de première nécessité. Les travailleurs arrivent en retard, voire pas du tout. Les élèves marchent pendant des heures ou abandonnent complètement leurs études. Pour les familles déplacées, les frais de transport ont atteint des niveaux catastrophiques, certaines devant débourser des centaines, voire des milliers de dollars pour déplacer leurs biens sur de courtes distances. Ceux qui n’ont pas d’argent marchent, récupèrent ce qu’ils peuvent et abandonnent le reste.

En l’absence de réglementation et de disponibilité de carburant, les opérateurs de transport informels dictent les prix sans vergogne. Les autorités locales de Gaza reconnaissent cette exploitation, mais dans des conditions de siège, elles ont peu de moyens pour protéger les habitants. La pénurie régit les déplacements plus que les besoins de la population, remodelant les relations sociales autour de l’accès, de l’endurance et de la colère refoulée. Les organisations humanitaires occidentales s’engagent à « maintenir un flux régulier et prévisible d’approvisionnements », mais des rapports récents indiquent que, bien qu’une partie de l’aide soit parvenue à Gaza, le volume global reste insuffisant pour répondre aux besoins fondamentaux, alimentant ainsi la frustration et le désespoir.

Le schéma de destruction trahit une intention délibérée. Les attaques israéliennes ont pris pour cible à maintes reprises des carrefours, des ponts et des nœuds routiers stratégiques, coupant ainsi les liaisons entre les quartiers et les gouvernorats. Ces actions entravent la circulation des ambulances, des convois humanitaires et des civils, aggravant ainsi les conséquences des blessures, de la famine et des déplacements de population. Le gouvernement de Gaza estime que les pertes dans le secteur des transports dépassent les 3 milliards de dollars, notamment en raison de la destruction de plus de trois millions de mètres linéaires de routes. La mobilité elle-même est devenue une victime de la guerre, laissant les habitants pris au piège entre les dangers et les abris de fortune, implorant la sécurité.

Les autorités locales ont proposé des plans de réhabilitation d’urgence visant à rouvrir les axes routiers essentiels reliant les hôpitaux, les abris et les centres de distribution d’aide. Ces efforts privilégient la survie plutôt que la reconstruction. Sans accès au carburant, aux pièces de rechange et aux engins de chantier, même une reprise minimale reste largement théorique, entravée par des décisions politiques qui échappent au contrôle de Gaza.

À Gaza, les transports ne sont ni un problème technique ni une simple question de commodité. Ils définissent les limites de la vie quotidienne. Ils déterminent qui peut consulter un médecin, qui peut travailler, qui peut étudier et qui doit rester sur place. Tant que la liberté de circulation restera elle-même assiégée, la vie à Gaza continuera de se rétrécir, mesurée non pas en distance mais en souffrance, en épuisement et en perte. Au XXIe siècle, les Palestiniens de Gaza évoluent dans un paysage où marcher à travers les ruines a remplacé la promesse la plus élémentaire de mobilité, mettant sans cesse à l’épreuve l’endurance, la résilience et l’esprit humain inébranlable.


image : Jaber Jehad Badwan, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons