Figure intellectuelle du continent africain, l’universitaire et écrivain sénégalais refuse que les ombres gagnent. Depuis la Cité internationale des arts à Paris, voici son message d’espérance.
Invité à la fin de notre échange à dire ses vœux au seuil de la nouvelle année, Felwine Sarr émet le souhait que nous soyons « dans un monde qui reprenne l’élan, l’ambition de son visage lumineux et qui décide, résolument, en retroussant ses manches, de lutter contre ses obscurités ». « Quelle que soit la saison dans laquelle nous sommes, qui est une saison de l’ombre, recommande-t-il, ne pas renoncer à cet élan vertigineux qui donne sens à notre aventure, qui est de laisser la demeure plus belle, plus forte, plus vitale que nous ne l’avons trouvée. »
Économiste de formation, mais aussi écrivain, dramaturge et musicien, Felwine Sarr enseigne la philosophie africaine à l’université Duke (États-Unis) après avoir longtemps enseigné dans son pays, à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, au Sénégal. Invité fin 2025 par le Festival d’automne et le Centre Pompidou, pour une « école du soir » dont la quête d’une « vie commune » fut le fil conducteur, il a achevé son séjour parisien avec cet entretien pour « L’échappée », durant lequel nous arpentons ensemble son chemin de pensée et de création.
Notre rencontre se tient à la Cité internationale des arts, qui accueille en résidence à Paris des centaines d’artistes venu·es du monde entier. Fondé il y a soixante ans, en 1965, ce lieu d’hospitalité trop méconnu témoigne d’un idéal menacé. Au vu de la xénophobie qui aujourd’hui gangrène pratiquement toute la droite française, on a peine à croire qu’il fut voulu par les gaullistes, tout comme le Centre Pompidou, dont la construction commença en 1971, et le Festival d’automne, créé en 1972 par Michel Guy, un proche du président de la République Georges Pompidou.
« Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » : comme son aîné Souleymane Bachir Diagne, invité du premier numéro de « L’échappée », Felwine Sarr fait sienne cette recommandation de l’auteur romain Térence, qui fut un Africain puisque né à Carthage (Tunisie). Cet humanisme sans frontières, illustré par les Ateliers de la pensée qu’il a animés à Dakar avec son complice Achille Mbembe, se déploie dans une « cosmopolitique de l’hospitalité » et un idéal de « mutualité » face à notre crise planétaire. (...)