Connue pour se trouver dans le « Triangle d’or », zone d’exploitation d’opium, la Birmanie concentre une part grandissante de la production et de la distribution de drogues de synthèse de la famille des méthamphétamines. L’explosion des volumes est aussi spectaculaire que la dégradation sociale, politique et sécuritaire que connaît le pays depuis le coup d’État du 1er février 2021.
Les espoirs nés d’une démocratisation progressive et d’une pacification sociale dans les années 2010 ne résonnent plus que comme un souvenir lointain. (...)
Les chiffres avancés par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) sont implacables (...)
Les drogues de synthèse, discrètes et rentables, dominent désormais un marché autrefois centré sur la culture du pavot et ses dérivés opiacés. Les revenus générés par ce nouveau trafic sont estimés à 61 milliards de dollars annuels, selon l’UNODC, reléguant l’opium au second plan – même si la Birmanie en reste le premier producteur mondial, notamment dans un contexte de destruction des champs de pavot par les talibans en Afghanistan (...)
Drame socio-économique (...)
L’économie birmane s’est effondrée à la suite du putsch de 2021. La reprise des combats a impacté tous les secteurs de production, notamment l’agriculture, avec pour conséquence le retour de l’insécurité alimentaire pour une majorité de la population (en 2025, 15 millions de personnes sont menacées de famine). Le tourisme, en pleine croissance dans les années 2010, a disparu. La répression violente par la junte des manifestations de 2021 en faveur du rétablissement de l’État de droit, ainsi que la multiplication des affrontements entre l’armée nationale (Tatmadaw) et les groupes ethniques ont plongé le pays dans le chaos. La réactivation des sanctions internationales ciblant les généraux au pouvoir à Naypyidaw aggrave la situation des civils, de plus en plus nombreux à emprunter les routes migratoires. (...)
Cette situation critique a pris une tournure dramatique avec le séisme qui a frappé la Birmanie le 28 mars 2025, causant environ 5 500 morts et 11 500 blessés. (...)
C’est dans ce contexte que la production et le trafic de méthamphétamines ont explosé depuis 2021. (...)
Ces trafics constituent une ressource majeure et disputée, dont les recettes sont cruciales au renforcement militaire des belligérants. (...)
crédit image : BrownHairedGirl, CC0, via Wikimedia Commons