Dans le cadre de notre partenariat avec le Master Science Politique, parcours Action Humanitaire Internationale de l’Institut d’Études Politiques de Fontainebleau de l’Université Paris-Est Créteil, nous vous présentons l’article de Célia Cade. L’autrice aborde les conséquences dramatiques de la militarisation de cette frontière sur les conditions de vie des exilés. Elle analyse comment les politiques répressives franco-britanniques, loin de réduire les flux migratoires, multiplient les risques mortels et perpétuent une crise humanitaire.
En l’absence de voie légale de passage, des milliers de personnes en situation d’exil transitent chaque année par le littoral du Nord de la France pour tenter de passer illégalement la frontière franco-britannique. Ces traversées sont dangereuses voire mortelles et les personnes, en attente de passage, sont souvent contraintes de vivre dans des campements informels le long de la frontière, dans des conditions de vie indignes et précaires. Depuis plusieurs décennies, la France et le Royaume-Uni appliquent une politique commune à cette frontière, marquée par sa militarisation au détriment d’une prise en charge humanitaire. Nous verrons ici les effets de ces politiques sur la situation et la vie des personnes en situation d’exil, en transit et/ou bloquées à la frontière franco-britannique.
Les accords franco-britanniques
En 2003, le Traité du Touquet est signé par la France et le Royaume-Uni. Il permet les contrôles frontaliers du Royaume-Uni sur le sol français, rendant les contrôles d’entrée effectifs au départ plutôt qu’à l’arrivée. Critiqué pour son approche sécuritaire, ce traité externalise[1] la frontière britannique en confiant à la France la mission d’empêcher les entrées irrégulières. En échange, le Royaume-Uni fournit des fonds et des agents, renforçant la militarisation de la frontière (barbelés, caméras thermiques…).
Ces politiques ont un coût : entre 2017 et 2022, 425 millions d’euros ont été consacrés à l’augmentation des dispositifs répressifs[2]. La Direction Générale des Étrangers en France (DGEF) estime également que la « lutte contre l’immigration clandestine Nord » coûte 178 millions d’euros par an à la France[3]. En parallèle, le dispositif humanitaire étatique représentait un budget de 25,5 millions d’euros en 2020 et 22 millions d’euros en 2021.
Ces politiques compliquent le passage de la frontière, le rendant plus dangereux, voire mortel[4], tout en prolongeant le temps passé dans les camps informels.
La vie dans les camps informels (...)
La politique « Zéro point de fixation » (...)
L’augmentation des risques liés au passage de la frontière (...)
Des politiques alternatives sont possibles[14]. Il faut sortir de l’illusion de la crise migratoire qui justifie des mesures répressives et meurtrières, et penser de nouveaux axes d’intervention, basés sur l’accueil dans la dignité et le respect des droits fondamentaux.